Crédit photo: Benoit Poirier

Les comédies musicales ont la vie dure au Québec. Quand on a la rare chance d’en voir une avec une bonne histoire (qui ne sert la plupart du temps que de prétexte), c’est souvent la musique qui est ordinaire. Malheureusement, pour ce qui est de Clotaire Rapaille, l’Opéra Rock, ce sont les deux qui flanchent. La pièce se présente comme un « drame épique et visionnaire » agrémenté d’une « expérience 100% HD : une belle salle, un son riche, une machine à boucane et des éclairages élogieux ». On sent évidemment l’ironie dans cette description, mais qui aurait pu deviner que la seule promesse réalisée serait une belle salle? Le co-auteur et metteur en scène Olivier Morin a cru bon de faire passer l’épique grâce à six comédiens récitant et chantant leur texte face au public (même quand ils se parlent/battent/tirent dessus), sans costume, décor ou accessoire. Un des acteurs est obligé de lire les didascalies, même quand les personnages ne font que se passer quelque chose.

Ce n’est pas toujours une mauvaise idée de faire une mise en scène tendant vers le minimalisme, puisque cela permet souvent de laisser plus de place et de visibilité au texte. Mais ce n’est pas un luxe que Clotaire Rapaille pouvait se permettre. L’histoire se situe dans un Québec souverain dans le lointain futur de 2045. Clotaire Rapaille est un spécialiste en étude de marché qui s’inspire de la psychanalyse pour dénicher le sentiment inconscient (code culturel) d’un groupe cible. Suite à un diagnostic malheureux de la ville de Québec, le docteur Rapaille s’établit aux États-Unis, où il finit par être condamné à mort. Finalement, on lui donnera un sursis de 24 heures pour retrouver son Québec natal et le libérer de la crise grâce à ses fameux codes dont il a le secret. Digne d’un synopsis de film de série B, ce court résumé est la meilleure blague que les auteurs de la pièce, Guillaume Tremblay et Olivier Morin, ont écrite. C’est une chose de ne pas se prendre au sérieux et de traiter le récit avec désinvolture, c’en est une autre de donner l’impression d’avoir écrit la pièce en une soirée de brosse entre deux joints.

Finalement, la condamnation à mort ne sera jamais résolue…en fait, on n’en parlera plus jamais, comme si on l’avait oubliée. Truffé ainsi d’erreurs d’amateurs, le texte ne se résume qu’à un ramassis de blagues au premier degré sur Denise Filiatrault, Radio X (nommée subtilement « Radio Cul ») et autres références à la culture populaire québécoise. Quant à la musique, elle est catchy au mieux. La banalité de l’instrumental ne fait qu’accentuer les rimes faibles du genre « ma mère est née à Victo, mon père dit que non » Le seul bon point va aux comédiens qui réussissent sans aucun changement de costume ou d’accessoire à interpréter plus d’une cinquantaine de personnages en changeant l’accent et la démarche assez rapidement. Peut-être auraient-ils gagné à choisir un autre spectacle.

– Boris Nonveiller

Clotaire Rapaille, L’Opéra Rock a été présenté au Théâtre d’Aujourd’hui les 21 et 22 décembre par le Théâtre du Futur.