Prosternez-vous, il est de retour! Clotaire Rapaille vient sauver le Québec! Nous le voulions, nous l’avons eu…

Le théâtre du Futur nous ramène ce « personnage » haut en couleur sur papier avec le livre tiré de l’opéra rock qui a brassé les salles en 2011. Êtes-vous prêts à subir votre procès? Attachez votre tuque avec d’la broche!

Québec souverain 2045. Le Québec est perdu. Encore. Nouvelles provinces : Victoriaville, Drummondville, Sherbrooke et Granby, ayez pitié de nous! Que pouvons-nous être, nous, peuple sans « code », sans repère, mais que pouvons-nous, je le répète, sans un être pour nous guider? Clotaire, viens nous sauver!!

Le théâtre du Futur a imaginé Clotaire Rapaille comme sauveur après qu’il ait traité les Québécois de « masochistes ayant un fort penchant pour la comparaison avec Montréal avec une relation amour-haine entre anglophones et francophones ». Avait-il tort, je vous le demande? Ne sommes-nous pas notre propre caricature?

Clotaire et Berslack prennent une marche au clair de lune le long du barrage hydroélectrique Kevin-Parent-3, inauguré le jour même à Mario-Cap-Chat.

Clotaire : Berslack, c’est étrange. Je ne parviens pas à faire la lumière sur le Code du Granby. Redonnez-moi les statistiques.

Berslack : 70% des gens fréquentent le centre d’achat la fin de semaine. Pour la plupart bronzés, secrètement 40%, ouvertement 30%, les hommes adorent le gym à 80% et les femmes adorent les garçons qui portent des lunettes fumées et qui font du jet-set; leur langage est composé à 50% d’anglais cheap avec un gros accent français et ils ont tous des prénoms italiens…

Clotaire : N’ayons pas peur des mots, Berlack, ce sont des douchebags. Les gens de Granby sont des douchebags.

Berslack : Oui, bon, j’osais pas le dire comme ça. Mon frère est heureux là-bas…

Clotaire : Qui croire? Les chiffres? Les rêves limités des habitants? Oh! On pourrait peut-être en faire la Province…du Sasquatch!

Berslack : Vous avez déjà fait du Saguenay la Province du Yéti. On peut toujours leur offrir le même code, mais…

Clotaire : (…) J’irai jusqu’au bout avec le Granby. Je ne voudrais pas que les événements de Québec 2010 se répètent. Je me suis engagé, et je trouverai.

Berslack : Vous êtes un maître.

Clotaire : Peut-être même le maître du monde! »

Clotaire dérange. Et c’est dans cette optique qu’Olivier Morin, Guillaume Tremblay et Navet Confit ont imaginé l’opéra rock Clotaire Rapaille. Ce personnage est cru, direct, il bouscule avec ce qu’on sait déjà, mais n’avouerons jamais à voix haute. Peuple soumis. Peuple qui jappe ne mord pas!

On a maintes fois dit de la pièce qu’elle était « épique et visionnaire » et la relire n’en est pas moins troublant. Clotaire est l’écho de nos cris. Le boomerang de notre révolte. Des images de poules sans tête qui courent d’un bord et de l’autre pour finir sur la broche. Nous tournons sur nous-mêmes.

Le ton est sarcastique, mais demeure vrai. Sous des images absurdes, les écrits restent. Nous serions prêts à donner notre avenir à un être qui se dit plus vrai que nature, l’implorer de nous redorer l’image, de nous donner une identité, de nous soumettre à ce blond personnage à lunettes…nous soumettre encore parce qu’on est capable d’en prendre au Québec!

Je vous recommande de lire ce livre cet été, sur les belles terrasses de Montréal et ses pitounes qui rient aigu, dans un centre d’achat de Laval avec les tites madames qui sortent leur chien dans un pousse-pousse pour enfants ou à Québec, près du Capitole, avec les gars qui se gonflent les pectoraux avec des milshakes protéinés. Faites-le lire, partagez la bonne nouvelle, n’ayez pas peur du ridicule, il ne tue point : la preuve, nous sommes toujours là. Think big!

– Élizabeth Bigras-Ouimet

Clotaire Rapaille, l’opéra rock

Éditions de Ta mère

Olivier Morin, Guillaume Tremblay et Navet Confit