Crédit photo : Josée Lecompte

Fin du 21e siècle. Quelques fortunés s’ennuient dans un somptueux salon au caractère victorien. Pour essayer de se distraire, non sans rappeler Mary Shelley et ses amis alors qu’elle imaginait Frankenstein, nos comparses, membres du très distingué ordre d’enquêteurs maisons Le Club des Marquis, décident de s’interroger sur la disparition du clone Gilles Douillette. Bienvenue à Le Clone est triste, nouvelle proposition du Théâtre du Futur au Théâtre Aux Écuries.

Il faut savoir que, depuis 2035, les baby-boomers ont été jugés coupables de crime contre la Terre par l’ONU et envoyés paître sur la lune. De ce fait, par peur de voir cette génération se perpétuer éternellement, le clonage fut interdit, et les quelques clones identifiés promis à un sort peu enviable. Commence ici la saga de Gilles Douillette qui découvre avec stupéfaction qu’il en est un. Mais…encore faudrait-il savoir un clone de qui.

Le Théâtre du Futur nous a habitué à un humour décapant, un univers fantasque, et un flot incessant de traits d’esprit servis par un jeu désinhibé. Le clone est triste ne fait pas exception et la pièce souligne allègrement les travers humains tout en nous faisant rire jusqu’aux crampes. Le texte de Guillaume Tremblay et Olivier Morin (qui signe également la mise en scène) regorge des mêmes éléments qu’on leur connaît ; un commentaire social méchant, une volonté de s’amuser des choses les plus déprimantes, le plaisir de prononcer nos expressions québécoises dans une diction franchouillarde, le tout enrobé de la musique de Navet Confit et de Philippe Prud’homme. Ceux-ci ont, pour la cause, choisir de baser leur univers musical du côté des airs célébrés par les boomers. Ainsi, on retrouve les Classels, aux côtés de Simon and Garfunkel ou de Jefferson Airplane pour n’en nommer que quelques-uns. Cependant, si l’idée est diégétiquement intéressante, on s’ennuie des surprises que nous apportent habituellement les compositeurs, et c’est avec joie que l’on retrouve leur folie jubilatoire dans Quelle Galère!, une comédie musicale sur la vie de Joël Le Bigot à laquelle assistent les protagonistes.

La seule chose que l’on pourrait reprocher à la pièce est le fait qu’elle s’égare parfois au milieu de ses idées. Au trois quart de la pièce, il devient évident qu’elle gagnerait à être resserrée, car si cette suite infinie de péripéties à l’imaginaire indomptable est charmante, il reste qu’elle donne parfois l’impression d’assister à une impro dont on aurait perdu le contrôle. Il s’agit, cependant, d’un défaut que l’on pardonnera facilement à la compagnie, puisque le plaisir ne cède jamais sa place à l’ennui. Quand on pense au difficile mois de février qui s’amorce, il est évident que d’assister au Clone est triste est un antidépresseur efficace qui transforme l’anxiété en délire psychotronique.

– Rose Normandin

Le clone est triste, une production du Théâtre du Futur est présentée au Théâtre Aux Écuries jusqu’au 16 février 2019. Pour toutes les informations, c’est ici.