Photo : Jeanne Added

Le lendemain de la Fête du Travail est le quatrième jour le plus déprimant de l’année après le lendemain de l’Halloween, le 3 janvier et un 24 h de redoux flottant en mars. Par ailleurs, le chef-pupitre musique des Méconnus, fier de lui, réalise au moment de rassembler tout ce beau contenu qu’il a confié le même mandat à ses deux collaborateurs. Au diable la déprime, c’est du deux pour un au rayon des propositions cette semaine!

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Artiste : Philippe Brach
Album : Portraits de famine
Étiquette : Spectra Musique

Ah! Portraits de FAMINE! J’ai glissé sur le titre une bonne dizaine de fois avant de m’en rendre compte. Et comme sur tout le reste. On passe une première fois pour saluer la musique et les arrangements maniaques de Louis-Jean Cormier, une deuxième pour comprendre qu’il faut écouter attentivement, une troisième dans le noir par une nuit pluvieuse parce que c’est pas toujours drôle, et une quatrième avec quelqu’un qui croit que la musique à textes pour personnes seules est en déroute. Comme c’est doux aux oreilles, l’authenticité! Prenez le temps de visionner l’aperçu qui suit. Ça devrait suffire à vous donner le goût d’en avoir (du goût). (Nicolas Roy)

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Artiste : Jerusalem in My Heart
Album : If He Dies, If If If If If If
Étiquette : Constellation Records

On déjeunait avec un groupe d’amis dans un chalet perdu au milieu de nulle part quand j’ai eu l’idée de leur offrir l’écoute de ce nouvel album de Jerusalem In My Heart. Entre deux gorgées de café, je contemplais chaque visage, curieuse d’y lire les réactions que mon choix musical susciterait. Et puis ? J’aime ça. Ça m’apaise. C’est doux. Les réponses, toutes positives, m’ont donné envie de partager cette découverte avec vous. Enregistré entre Beyrouth et Montréal, If He Dies, mélange la pop moderne et le courant arabe traditionnel comme si ces deux mondes étaient nés pour cohabiter. Radwan Ghazi Moumneh ose, déconstruit, juxtapose mais, surtout, il s’ouvre. Il communique. Il partage. Et, j’espère, donnera envie à tous de suivre son exemple. Le lancement officiel aura lieu le 16 septembre, dans le cadre de Pop Montréal. Pour l’occasion, ils retrouveront Suuns, avec qui ils ont publié un album plus tôt cette année. Un deux pour un impossible à ignorer. (Marie-Eve Brassard)

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Artiste : Jeanne Added
Album : Be Sensational
Étiquette : Naïve

Jeanne Added, Française d’origine juive algérienne, plongée toute jeune dans le classique, émergée plus mure dans le jazz, formée au Conservatoire national supérieur de Paris, puis à la Royal Academy of Music de Londres, Jeanne Added, donc, n’est pas pressée. Pas assoiffée d’avant scène, ni désireuse de l’accaparer avant de l’avoir méritée à ses yeux. Pas plus avide de faire cavalier seul de bout en bout, coûte que coûte. Bref, elle prend son temps. Be Sensational, paru la semaine dernière, est cet objet de patience, le fruit d’un long mûrissement, un album bricolé en partie à temps perdu, mais avec la plus grande attention, en compagnie de Dan Levy, moitié du duo The Dø. Un album ferme et musculeux, dopé au synthétique, mais animé par une vraie passion pour l’abouti. Si vous aimez, pardonnez-moi d’en parler trop tard. Jeanne était à Montréal et au FME pas plus tard que la semaine et le week-end dernier. (Nicolas Roy)

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Artiste : Peter Henry Phillips
Album : The Origin
Étiquette : Coyote Records

Que vous connaissiez Pilou, voix puissante notamment de DJ Champion sur Résistance et o1 ou Pierre-Philippe Côté, son nom à la ville, à la composition et à la réalisation, ou encore Peter Henry Phillips, on a affaire au même artiste. Le voilà donc avec un premier album sous ce pseudonyme anglais, enregistré au studio Le Nid, bâti de A à Z de ses propres mains avec des amis, à Saint-Adrien, petit village d’à peine 500 citoyens, où il crée et vit avec sa petite famille. On y entend la pluie sur les conifères, le feu de foyer, le calme pastoral, d’accord, mais ne sautez pas si vite aux conclusions : ce gars de la campagne a aussi vécu un bon moment à Montréal, en plus de jouir d’un solide bagage musical, fruit de ses innombrables collaborations musicales, qui vont de l’accompagnement vocal à la réalisation et les arrangements, en passant par le doigté au clavier comme aux cordes. Ce projet en bois brut a été patiné au fil des heures, jours, années passés à être caressé, et dans lequel on love ses oreilles sans risque de se prendre une écharde. Vital, énergisant et purifiant, tel un séjour au grand air. (Jean Lavernec)

Lancement de l’album ce vendredi, 11 septembre, 21h, au Centre Phi.

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Artiste : Destroyer
Album : Poison Season
Étiquette : Merge Records

Pourquoi faire simple quand on peut faire compliqué ? Si cet adage n’existait pas depuis aussi longtemps, on aurait presque pu croire qu’il a été inventé pour parler de la musique de Destroyer. Près de quatre ans après Kaputt, qui demeure l’album le plus accessible à ce jour, – même s’il ne l’était pas tant que ça, –  c’est au tour de Poison Season de nous dérouter. Fermez les yeux et pensez à un style musical ou à votre instrument préféré… Ça y est ? Maintenant, appuyez sur « play » et ne soyez pas surpris d’y retrouver le résultat de vos pensées. On peut dire que le Canadien, aujourd’hui établi à New York, teste notre patience avec cette œuvre complexe mais libre, aussi apaisante que… troublante. L’impression de visiter un musée. L’envie de prendre son temps devant chaque morceau afin de ne laisser aucune subtilité nous échapper. Et derrière la mélodie : les mots. Surtout. Forts. Choisis. Un par un. Rien n’est laissé au hasard. Un disque qu’on ne peut pas ne pas réécouter. (Marie-Eve Brassard)

Quand le Nicolas, Roy de la section musicale, m’a proposé de déblatérer sur ce Poison Season, il m’a adjoint l’extrait Times Square, où l’on évoque Jésus et Jacob. Tant mieux pour les fans de ces personnages; par contre, « pas ma tasse d’athée », comme rappait l’autre. Mais son insistance a eu raison : il s’est révélé qu’au fil des écoutes, ces personnages, tout bibliques soient-ils, avaient leur place dans les paroles – je vous en laisse découvrir la raison. Idem, et ça aussi, ça joue, littéralement : une section de cordes a été conviée à se joindre à une autre de cuivres, quelques pianos se la jouent tantôt classique, tantôt contemporaine. Ici, des orchestrations que ce bon vieux David Axelrod n’auraient pas dédaignées (laissez-vous entraîner par The River), là, des échos de Mercury Rev, époque Deserter’s Songs (joignez-vous au Dream Lover), mais toujours cette voix qui trahit la présence du prolifique Canadien Daniel Bejar, auteur-compositeur-géniteur aux commandes du groupe à géométrie et aux styles encore plus variables fondé plus de deux décennies plus tôt, qui passe son bras autour de nos oreilles tout au long de cet onzième album. Festif, grandiose et ingénieux; idéal pour cette saison empoisonnée. (Jean Lavernec)