Photo : Jono McCleery

Une belle brochette d’automne pour vous cette semaine. Une moitié de feu Air, des meneuses de claque au singulier, un ninja doux, un baroudeur rugueux, et quelque chose de pas donné au premier venu. Enjoy!

720x720xNicolas-Godin-Contrepoint-720x720.jpg.pagespeed.ic.lP7e6SrrhdArtiste : Nicolas Godin
Album : Contrepoint
Étiquette : Because Music

Nicolas Godin a pris congé de Jean-Benoît Dunckel, son acolyte de toujours de Air, pour entreprendre ce bien nommé Contrepoint, périple empirique prenant pour base des pièces d’un certain Johann Sebastian Bach (alias Jean-Sébastien Bach pour les francophones). Cette première aventure créative solo peut procurer le même mélange d’étonnement et de rejet que l’a fait Switched-On Bach de Walter (depuis Wendy) Carlos, sorti en 1968, sur lequel l’auditeur avait droit à une réinterprétation au synthétiseur modulaire Moog du même JSB. Ici, Godin a plutôt opté pour divers habillages : d’entrée de jeu, avec Orca, un alliage tiers-rock, tiers-Penguin Cafe Orchestra, tiers-justement-tiens-Carlos (pour se débarrasser de la comparaison ou saluer ses prédécesseurs, au choix), puis, sur un Widerstehe doch der Sünde (littéralement, Résiste donc au péché) chanté dans la langue et où les orchestrations à la George Martin chez les Beatles, époque Sergent Pepper, vont et viennent. Plus tard, dans Glenn, il offre même un caméo au Street Hassle de feu Lou Reed en plus d’y faire entendre une déclaration du Gould lui-même, interprète virtuose incontesté dudit Bach. Zut, manque de place, alors résultat des courses : un dépoussiérage réussi de Bach parce qu’aussi sacrilège que fidèle à sa nature contrapuntique. (Jean Lavernec)

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Artiste : U.S. Girls
Album : Half Free
Étiquette : 4AD

U.S. Girls n’est pas un nouveau groupe. C’est Meg Remy depuis 2007. Et Half Free n’est pas son premier album, comme on se méprend à le présenter, mais bien son cinquième. Celle qu’on qualifie ici de « diva soul de sous-sol » et là de « déconstructiviste du dubpop » tire en 2015 grand profit de sa signature sur la prestigieuse étiquette 4AD, demeure entre autres de Grimes avec qui les comparaisons sont inévitables. La recette et l’outillage demeurent toutefois les mêmes qu’à ses débuts. Remy a toujours recours, dans l’esprit du D.I.Y., aux magnétophones à quatre pistes, enregistreurs à cassettes et autres gadgets obsolètes. Son son lo-fi floute les coins, forcément, mais irradie néanmoins grâce à une voix mordante. Damn The Valley (ci-dessous) résume bien la teneur de l’ensemble. Notez qu’elle y épouse le point de vue d’une veuve de guerre dont l’homme a été fauché dans la vallée de Korengal en Afghanistan. Bémol s’il en faut un pour les amants du mot, les paroles ne sont pas toujours intelligibles dans le genre. (Nicolas Roy)

En spectacle à la Vitrola le jeudi 12 novembre à 20h. Pour les billets, c’est ici.

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Artiste : Jono McCleery
Album : Pagodes
Étiquette : If Music

Joli titre bien choisi que ce recueil de Pagodes, qui nous fait naviguer en douce tout le long de ses douze pistes glissantes sur les ondes sonores. Qui pensait que Ninja Tune n’offrait qu’une redoutable flotte de guerriers soniques aux beats qui tuent? Moi le premier. Cette voix lumineuse et rassurante, idéale pour accompagner son auditoire dans le spleen ou la félicité. Et si effets électroniques il y a, ils sont employés en subtil assaisonnement, là où d’autres y auraient versé la salière au complet, gâchant la sauce. Des boucles sonores ici, des bips, des tocs et des trip-hopages là, toujours à dose parfumante, laissant les pianos, guitares acoustiques, un soupçon de violons, un effleurement de harpe et autres cordes apaisantes remplir les pièces, et surtout celle où vous vous trouvez – car, eh oui, il s’agit d’un album de cocooning idéal pour les journées de repos froides et pluvieuses. Après une poignée de EP et une couple d’albums, dont le précédent déjà sur l’idem plus prestigieuse étiquette indépendante, l’homme réalise ici une œuvre d’une maturité plus assumée, avec moins de pirouettes pour épater la galerie et davantage de berceuses pour grands et moins grands. (Jean Lavernec)

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Artiste : Bernard Adamus
Album : Sorel Soviet So What
Étiquette : Grosse Boîte

Après le succès estival Hola les lolos, du Adamus sauce à l’ananas qui a surpris autant qu’il a plu, on a droit, depuis vendredi dernier, à la version complète de l’album Sorel Soviet So What (en référence au So Far So Good So What de Megadeth). L’homme qui aime chanter pieds nus a lancé son nouveau matériel à la tête de ses admirateurs et amis, le 25 septembre dernier, aux Foufounes électriques (oui, ça existe encore). Enregistré « toute d’une traite » en studio, le résultat est plus live qu’un album live et plus festif qu’on aurait cru capable de l’être le ténébreux chanteur. Celui qui a su nous réconcilier avec le brun a composé la majorité des chansons en tournée, assis dans son truck, comme un escargot dans sa maison. Plus baveux, Adamus ? Difficile. Mais de plus en plus extraverti d’un disque à l’autre, pour notre plus grand plaisir. (Marie-Eve Brassard)

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julia_holterArtiste : Julia Holter
Album : Have You In My Wilderness
Étiquette : Domino Recordings

On ne s’attaque pas de guingois à l’esthétique singulière et aux récits sinueux de Julia Holter. On lâche la vaisselle et on ferme sa session Facebook. On s’échauffe l’oreille aiguisée et on soulève le bras de la platine professionnelle. On éteint le plafonnier et on fait basculer le dossier du siège de bureau. On dépose ses bas sur un coin de table et on cherche à travers le châssis la lune rouge dans le ciel d’automne. Et on commence par ne pas tout à fait saisir ce qui se bouscule dans Have You In My Wilderness, songeur et sans repères dans l’intimité et l’immensité d’une musique née de petites choses devenues grandioses. Instrumentations classiques, jazz et pop, voix claire et forte qui vogue sur des flots changeants, susurrements de ballades, bribes de nouvelles, évocation de légendes, extraits de flux de conscience, on y trouve de tout, dans toutes les directions. Il faut s’y perdre, plusieurs fois et longtemps, pour finalement trouver les clés d’un labyrinthe qu’on tarde déjà à revisiter. (Nicolas Roy)