Photo : Thomas Hellman (crédit : Mathieu Rivard)

Voici la playlist officieuse d’un été agonisant qui refuse de rendre les armes ou d’un automne souverain qui nargue son prédécesseur vaincu en pastichant ses températures. On se comprend?

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Artiste : Beirut
Album : No No No No
Étiquette : 4AD

Est-ce que l’accueil qu’on réservera au quatrième album de la formation menée par Zach Condon sera aussi bruyant que l’enthousiasme qu’on lui a crié à tue-tête lorsqu’elle est montée sur la scène du FIJM, dans le cadre de la soirée d’ouverture en juin dernier ? C’est à voir, mais permettez-moi d’en douter.  On pourrait croire, après une décennie de succès, que Beirut aurait dépassé la phase du non, mais… non. Ou du moins, c’est ce que le groupe tente de nous faire croire avec ce titre plutôt négatif qui ne cadre pas si bien que ça avec l’étonnante légèreté qui parsème la plupart des pièces. Après avoir traversé la « pire période de sa vie », Condon semble définitivement ailleurs, quelque part où les nuages sont roses et où des oursons en peluche coloré glissent sur des arcs-en-ciel de bonheur. Une véritable fanfare de cuivres, tam tam et ukulélé qui accompagne avec justesse la voix charismatique du leader. Et des mélodies qui, une fois qu’elles ont ouvert la petite porte située entre nos deux oreilles, s’installent confortablement sans cacher leur intention d’y rester. (Marie-Eve Brassard)

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POCHETTE THOMAS HELLMAN

Artiste : Thomas Hellman
Album : Rêves américains, tome 1 : de la ruée vers l’or à la Grande Crise
Étiquette : Indépendant

Chroniqueur à La tête ailleurs où il couvrait l’histoire de la musique pendant la crise des années 1930 aux États-Unis, la démarche de l’auteur-compositeur-interprète s’avère ici logique : entrelacer la petite histoire des Hellman et la grande Histoire étatsunienne (la ruée vers l’or en Californie, précédée par la conquête de l’Ouest et suivie par la révolution agricole, puis industrielle). Malgré la présence du musicien derrière de nombreux instruments, l’artiste se fait surtout musicologue, avec ses adaptations de chansons folkloriques (Auld Lang Syne) précédée ou suivie de ses compositions, s’enchaînant ainsi, wagons acheminés vers une même destination. Puis, au détour, évoquer quelques fantômes, tels Thoreau (L’œil de la terre), l’homme de la première pépite d’or californien (À la poursuite du rêve américain), ces fameux forty-niners (Les rescapés de 49) ou l’instigateur du maccarthysme… À la simplicité des chansons d’époque résonne celle des histoires contées (Une maison au bord d’un lac) où, dénuées de symbolisme, un chat est un chat. Et si impression d’incomplétude il y a, le titre de l’œuvre affichant le sous-titre Tome 1, on garde l’espoir d’un enrichissement sinon aurifère, à tout le moins aural. To be continued… (Jean Lavernec)

Série de spectacles au Théâtre Outremont, du 23 septembre au 3 octobre à 20h00

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Artiste : Ballaké Sissoko & Vincent Segal
Album : Musique de nuit
Étiquette : No Format

Air chaud du désert, après le départ du jour, après la digestion du soir, à l’heure des songes. Air feutré d’un studio accueillant, empreint d’une belle complicité, en pleine clarté. Le virtuose du kora Ballaké Sissoko retrouve en studio au Mali avec un enchantement évident le violoncelliste Vincent Segal, son collaborateur de Chamber Music (2009), mais surtout de scènes, le tandem cumulant les concerts aux quatre points cardinaux depuis plusieurs années. Curieusement, on laisse tomber le casque d’écoute; cette musique apaisante uniquement faite de leur instrument de prédilection respectifs (exception faite de Diabaro, où la chaleureuse griotte Babani Koné accompagne vocalement les instruments à cordes des deux hommes) qui convie notre stress à aller faire des vagues ailleurs doit remplir toute la pièce où on l’écoute, tel un encens flottant à sa guise, se pliant volontiers au moindre courant d’air capricieux. On se laisse bercer les neurones par ces musiques qui n’ont pourtant pas l’effet étheré à attendre d’un album au titre aussi clair que Musique de nuit, œuvre qui partagerait la luminosité d’un Penguin Café Orchestra qui serait vêtu en berceuse pour tous les âges, bas ou hauts, toutes les âmes, jeunes et vieilles. (Jean Lavernec)

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Artiste : Vieux Farka Touré & Julia Easterlin
Album : Touristes
Étiquette : Six Degrees Records

Veuillez-en moi encore si vous trouvez notes à vos oreilles. C’est que l’heureux duo dont le merveilleux album est sorti du four vendredi dernier (18 septembre) était en spectacle dans le cadre de Pop Montréal deux jours plus tôt (16 septembre). Bref, tant pis pour nous qui n’y étions pas, amende honorable maintenant. Pour reprendre paresseusement le descriptif officiel du combo et le métaphoriser manière maison, on se trouve avec Touristes au carrefour animé du blues sablé d’Afrique de l’Ouest, du rock contemporain, de la pop grand public et de la chanson expérimentale. Et, grand bonheur, le croisement est exempt de bouchons ou accrocs, sans impression de métissage forcé ou de mariage voué à une dissolution prochaine. On espère plutôt que l’union fasse d’autres petits aussi éveillés. Et pourquoi pas un retour sur nos terres pour une prise deux sur scène. On écoute tout de suite si un besoin urgent de sourire exige assouvissement. (Nicolas Roy)

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Artiste : Farao
Album : Till It’s All Forgotten
Étiquette : Arts & Crafts

Confidence et triste aveu. Lancé dans la quête hasardeuse des trucs qui ne ressemblent à rien pour leur plus grand bien, j’ai la gâchette facile et le couperet affûté. De manière affreusement générale, j’accorde tout juste une généreuse minute de séduction à tout morceau d’ouverture de quelque album que ce soit soumis à investigation. La production généricise, la rythmique boite, l’organe désenvoûte et, mes excuses par ailleurs, me voilà déjà fouineur ailleurs. Avec Kari Jahnsen, alias Farao, multiinstrumentiste sympathisante de la cause folktronica, on a un bel exemple d’hameçonnage sans leurres ni détours. Sur Till It’s All Forgotten, la Norvégienne vise juste d’entrée de jeu (TIAF) en nous cuisinant une croustillante grignotine faite de battements de mains vaillants, de peaux cahoteuses, d’une guitare grave, de superpositions de sons de synthèse et d’une voix autoritaire qui tient les rênes. De quoi vouloir goûter au premier service, puis au second, jusqu’au dessert qui près de 40 minutes plus loin ne déçoit pas. Une belle surprise remplie de surprenantes idées. (Nicolas Roy)