Oliver, un garçon de 13 ans qu’on surnomme Boo en raison de sa pâleur fantomatique et de sa propension à se rendre invisible aux yeux des autres, meurt subitement et se retrouve au Village, sorte d’antichambre de la mort où sont tous les gamins américains de 13 ans qui ont trépassé. Né avec un cœur défaillant, Boo est à peine surpris de sa mort. Un étonnant premier roman de Neil Smith, installé à Montréal.

Quel dentifrice utilise-t-on au paradis? Quel genre d’objets courants y trouve-t-on? Y porte-t-on des vêtements? Et où diable est Dieu dans tout cela? Doté d’un esprit très cartésien et devant évoluer dans un monde qui est tout sauf logique ou familier, Oliver peine à s’habituer à la vie au Village lorsque Johnny Henzel arrive soudainement. Cet ancien camarade de classe révélera à Boo que leur mort sont étroitement liées…

Se situant bien au-delà des considérations sur la vie et la mort ou même sur la vie après la mort, ce roman se révèle être tour à tour une vaste chasse à l’homme au paradis, une enquête policière menée par deux garçons intrépides, une version moderne et retentissante de Sa Majesté des mouches, une élégie de la vie et des liens qui unissent les êtres entre eux.

Sous la plume extraordinaire de Smith, l’univers en entier prend une toute autre dimension. Son écriture précise, posée, poétique, marrante et vive d’esprit nous présente un véritable conte de fées noir pour grandes et moyennes personnes. L’auteur signe ici un roman éclaté et infiniment touchant sur la mort, l’amitié et la rédemption, qui nous entraîne dans l’univers post mortem d’un jeune garçon doux, attachant, inquisiteur et drôle.

Boo apporte un grand plaisir de lecture. Un des meilleurs coups de la maison d’édition Alto, ce qui n’est pas peu dire si on considère l’ampleur de son catalogue. Un livre qui se dévore presque d’une seule traite malgré ses 400 et quelques pages. Si on s’éprend de chaque personnage que l’on rencontre, on s’éprend aussi inévitablement de Smith , dont l’imagination et l’humour sont sans égaux.

Déjà en lice pour le prix  Hugh MacLennan pour la meilleure œuvre de fiction par un auteur provenant du Québec, Boo vivra de bien grandes choses, je le prédis sans grande difficulté.

Je me considère comme un type qui possède un certain vocabulaire, mais je m’aperçois que j’ai du mal à résumer toute la force d’impact, toute la charge émotive, toutes les réflexions que ce roman génère en moi, toute l’intense frénésie qui m’a habité en cours de lecture, toute l’envie de lire et lire et lire puis, une fois terminé, de relire ce roman au plus vite.

Mon conseil: ruez-vous sur ce livre sans tarder, avant les prochaines réimpressions qui pourraient vous en priver pendant un certain temps, avant les pénuries de stock chez votre libraire favori. C’est à ce point.

– Charles Quimper

Boo, Neil Smith, Alto, 2015