Avec la suite directe du premier tome paru l’an passé à presque pareille date, Jodorowsky revient à Héliopolis avec Albedo, l’oeuvre au blanc. Nouveauté au début de la bande dessinée : l’annonce de quatre tomes (incluant les deux premiers) qui forment un cycle ou peut-être même la série complète. Retour.

Tout le monde veut vivre éternellement

Notre héros, le roi de France Louis XVII, maintenant devenu chevalier de la confrérie d’Héliopolis, des alchimistes détenteurs du secret de la vie éternelle, doit accomplir la seconde tâche de son initiation au groupe. Cette tâche ne consiste en nulle autre chose que de mourir et ressusciter. Pour ce faire, les chevaliers broient la couronne qu’Asiamar (nom donné à Louis XVII par les alchimistes) a volé à Versailles dans le tome précédent. L’or pur chauffé pendant des mois, reposant avec notre héros empoisonné volontairement, procure une huile pure menant à l’immortalité. Revenu d’entre les morts et désormais immortel, Asiamar se voit confier une nouvelle mission, celle d’arrêter l’ascension de l’empereur Napoléon Bonaparte en France, désirant lui aussi atteindre l’immortalité.

À noter qu’Asiamar est un homme ET une femme, un hermaphrodite disposant des deux sexes et d’une poitrine féminine, ce qui joue en sa faveur lorsqu’il s’agit de tromper les autres, déstabiliser ses assaillants, ou simplement pour prendre l’apparence qui lui convient selon les missions. Cet usage intéressant d’un personnage hermaphrodite est assez peu exploité en littérature, encore moins en bande dessinée.

Jodorowsky, fasciné par la mort et la vie éternelle, n’en démord pas de continuer à créer. En effet, l’auteur a maintenant 89 ans et semble plus prolifique que jamais! On en vient à se demander si lui-même ne cherche pas cet élixir d’immortalité tel un alchimiste d’Héliopolis. Pour ceux qui connaissent bien le parcours de Jodorowsky, il est également adepte et fin connaisseur de tarot. D’ailleurs, il emploie ses larges connaissances du sujet pour en placer quelques parties dans l’intrigue de Napoléon lors de son invasion de l’Égypte.

Maniant habilement le côté historique de cette France de la fin du 18e siècle et un aspect plus fantastique bien exploité de la bande dessinée, Jodorowsky, aidé du dessinateur sans pareil Jérémy, offre un second tome réussi à sa toute dernière série d’aventures. Sans en dévoiler un seul détail, le tournant de la fin n’apporte qu’une attente plus pénible tel un cliffhanger ; le lecteur souhaite ardemment lire le troisième tome. Si la tendance se maintient, la suite paraîtra en pareil mois de l’année prochaine.

– Victor Bégin

Les Chevaliers d’Héliopolis tome 2 : Albedo, L’œuvre au blanc, Jodorowsky & Jérémy, Glénat, 2018.

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