27 novembre, Usine C – Figure importante de la « non-danse » au Québec, Nicolas Cantin s’est gâté (peut-être un peu trop) avec Cheese, sa nouvelle création : aucun mouvement dansant, aucune chorégraphie; seuls des gestes et des paroles dans un décor minimaliste. Sur scène se trouvent simplement une chaise, une couverture et nulle autre que la danseuse/historienne de l’art Michèle Febvre, ainsi que le créateur lui-même, placé en retrait, derrière son écran.

« Est-ce que vous me faites confiance? », demande l’interprète au public au début du spectacle, avant de partager des bribes de son enfance. Parfois assise sur sa chaise, parfois debout, Michèle Febvre se raconte et se répète. L’intérêt ne se trouve pas dans son récit lui-même (plutôt ennuyant, il faut le dire) mais plutôt dans la mise à distance qu’elle crée en entrecoupant son discours du mot « cheese ». Comme on esquisse des faux sourires devant les caméras, Febvre entre en représentation lorsqu’elle relate son histoire personnelle. La création Cheese exprime donc la difficulté d’être authentique ainsi que la distorsion entre la réalité et la perception.

Cantin va plus loin que jamais dans le dénuement avec ce spectacle, en laissant tomber les coups d’éclat qui ont fait sa marque. En assistant à Cheese, il ne faut pas s’attendre à des scènes intenses comme dans Belle manière (où une interprète a fait jaillir du Pepsi sur scène, par exemple) ou dans Grand singe (où des ballons éclataient sur le hard-core du groupe Naked City). Si la démarche artistique et intellectuelle est intéressante, le spectacle lui-même manque de piquant et laisse le public sur son appétit en se terminant au bout de 30 minutes et des poussières.

– Edith Paré-Roy