Après avoir présenté son projet « Chants d’Esclaves, Chants d’Espoir » au Centre PHI en octobre dernier, Betty Bonifassi récidive avec le public du Divan Orange. Mercredi et jeudi, elle n’avait qu’un seul souhait: faire bouger et vibrer la place. Réussi! Même ma pinte de bière a cédé devant sa prestation percutante. Tentant d’esquiver les réverbérations de sa voix envoûtante et profonde, elle a éclaté, répandant son alcool au milieu des piétinements.

Accompagnée de ses deux collaborateurs Jean-François Lemieux et Benjamin Vigneault, Betty Bonifassi a offert une prestation hypnotisante, évoquant les années de dur labeur des esclaves Afro-Américains durant les années 20. Elle reprend un répertoire de chansons noires, inspirées des archives du célèbre ethnomusicologue Alan Lomax (1915-2002) qui a collecté, compilé et archivé ces chants d’esclaves sur plus de 50 ans.

Tout en préservant le côté très root des pièces, elle y insère des pointes d’électro. Sa voix grave et profonde tournoie, virevolte et se pose au-dessus de nos âmes. On ressent alors à travers son interprétation l’acharnement de ces esclaves et leur douleur. Parmi les pièces de son répertoire, «Go Down Old Hannah», «Grizzly Bear» et en rappel la pièce «No More», donnent l’impression de voir défiler des colonies d’esclaves, chaînes aux pieds, alors que les nôtres hésitent à s’enraciner au sol ou s’extirper de notre corps.

Malgré cette époque sombre où les prisonniers étaient soumis à un travail des plus déshumanisant, les teintes soul et gospel en background, inspirent l’espoir et l’amour. Bref, ce répertoire colle admirablement bien à la voix unique, abyssale et pénétrante de Betty Bonifassi. Bien hâte de voir ces compositions compilées et ainsi les réécouter en boucle.

« Chants d’Esclaves, Chants d’Espoir » est né d’une recherche musicale que Betty Bonifassi avait faite pour la pièce Des souris et des hommes de John Steinbeck. Il s’agit d’un hommage aux chansons noires des années 20. Un mélange de «slaves songs, chain songs, feel songs, gandydancers et prisonners songs». D’ailleurs, pour vous donner un aperçu et saisir cette page d’histoire, je vous suggère de consulter la page Facebook de Betty Bonifassi. On y voit, entre autres, des archives d’esclaves Afro-Américains, surnommés «Railroad Gandydancers», en train de déplacer les rails d’un train tout en entonnant de manière synchronisée les mêmes gestes et chants. À découvrir!

– Edith Malo