Lorsqu’au Québec on pense au terme « nuit de poésie » nous viennent tout de suite en tête des images marquantes du 27 mars 1970. Denis Vanier récitant Allô-police, Gérald Godin et sa fameuse Énumération, Claude Gauvreau et son poème en exploréen Fatigue et réalité sans soupçon, mais surtout, Michèle Lalonde déclamant le désormais très célèbre Speak White, plus que jamais pastiché en ces temps de crise sociale. Et justement, quoi souhaiter de mieux pour 2012 que la perpétuation de cette tradition poétique, que l’expression libre de nos voix ?

En ce 15 juin dernier, la prise de parole était à l’honneur entre les murs de béton, d’acier et de bois des Ateliers Jean-Brillant. Organisée par Anik de Repentigny, Véronique Bachand et Alexandre Faustino dans le cadre de la troisième édition de Chantier Libre, événement artistique multidisciplinaire se déroulant du 7 au 17 juin, la Nuit de poésie 2012 a accueilli des poètes dont la réputation n’est plus à faire, tels Martine Audet, Jean-Paul Daoust, Claude Beausoleil, Benoît Jutras, Danny Plourde, ainsi que des artistes de la relève, dont Ouanessa Younsi, Carl Bessette, Rose Eliceiry, Daniel Leblanc-Poirier, pour n’en nommer que quelques-uns. L’animation de la soirée, quant à elle, était présidée par Charles Dionne et Fabrice Masson Goulet, fondateurs du blogue Poème Sale.

Bien que je n’ai malheureusement pas pu rester jusqu’aux petites heures du matin et que certaines prestations, si je puis dire, me semblaient moins percutantes que d’autres comme il en va souvent lorsque plus d’une quarantaine d’artistes collaborent à un même projet, j’ai toutefois été agréablement surprise de constater à quel point la plupart de ces langues poétiques, aussi diverses soient-elles, se rencontraient, s’entremêlaient, quitte à avancer dans la même direction, celle de la contestation. Car on ne se le cachera pas, la Nuit de la poésie 2012, tout comme l’exposition qui prenait place dans l’espace industriel de Chantier Libre, était engagée, indignée, marquée du sceau du carré rouge. « Années de malheur où la peur était reine/On trompait son courage dans un baquet de haine/Des épines couronnaient le désir dénoncé/ L’amour avait des gants pour ne pas se blesser », clamait Gilbert Langevin en 1970, ses mots encore lourds de sens aujourd’hui.

Chose certaine, la poésie québécoise n’a pas fini de devenir, de se régénérer, de se faire mutante. De se partager, aussi. Tout cela sous nos yeux, dans nos rues, ou encore derrière les micros d’une Nuit de poésie. Il faut juste s’inviter à tendre l’oreille un peu, car elle est bien là, inspirée comme révoltée, aussi prête à rendre hommage que foncièrement insoumise.

Nuit de la poésie 2012, troisième édition de Chantier Libre

Ateliers Jean-Brillant, 3550 rue Saint-Jacques

Vendredi 15 juin, 20h

– Alice Michaud-Lapointe