La langue est une manifestation de l’identité culturelle, et tous les apprenants, par la langue qu’ils parlent, portent en eux les éléments visibles et invisibles d’une culture donnée. » – Geneviève Zarate

Ceux qui viendront, l’entendront réalisé par Simon Plouffe se présente comme un témoignage audio-visuel de six langues autochtones du Québec : l’abénaki, l’attikamek, l’inuktitut, le kanien’kehá (mohawk), l’innu et le naskapi (ne sont omises que les langues algonquine, crie et micmac). On comprend vite que le film s’inscrit dans la nécessité de garder une trace de la diversité et l’unicité de ces langues qui semblent vouées à disparaître avec ceux qui la parlent encore. « Je n’aurais personne avec qui parler de toute manière », nous dit une aînée, réticente à parler dans sa langue natale.

Empreint d’une grande poésie, le documentaire évolue lentement à travers diverses entrevues ainsi que de longues séquences contemplatives témoignant de la beauté du territoire. Les scènes jonglent entre différentes communautés autochtones, sans que la localisation ou la langue parlée ne soit mentionnée. Certains discours même ne sont pas sous-titrés, car la volonté du film n’est pas tant de documenter la langue que de porter une écoute attentive sur ses particularités phonétiques. Le film nous force à tendre l’oreille pour prêter attention à des langues que nous n’avons probablement jamais entendues auparavant, et qui sont à risque de ne plus être entendues.

CEUX QUI VIENDRONT, L’ENTENDRONT, un film de Simon Plouffe – BANDE-ANNONCE from Les Films du 3 mars on Vimeo.

Que pouvons-nous faire alors pour préserver la langue? « Nous devons emmener nos jeunes sur notre territoire afin qu’ils puissent apprendre davantage la langue du terroir. Nous devons leur enseigner ça pour qu’ils puissent eux-mêmes assimiler les connaissances par expérience », répond un intervenant du documentaire. Un père qui emmène son fils dans la forêt pour apprendre à reconnaître les animaux à leur son, pour cueillir des plantes médicinales, mais surtout pour pratiquer le vocabulaire approprié. Mais « les jeunes imitent ce qu’ils entendent à la maison », et lorsque les parents sont passés par les pensionnats, difficile de parler la langue. L’enseignement scolaire joue alors un rôle déterminant dans la transmission et l’apprentissage des langues, où les élèves suivent des cours de langue autochtone dès l’école primaire.

Le parallèle avec la langue française au Québec est évident. Dans une société dominée par la culture nord-américaine, la langue française peine à rayonner. Mais le documentaire nous mène à voir plus loin : la situation de la langue française au Québec est loin d’être aussi alarmante que celle des langues autochtones. Si l’on désire le respect et la préservation de notre langue, il faut commencer par s’intéresser à celle des autres. Kébec n’est-il pas un mot algonquin?

Ceux qui viendront, l’entendront ne se veut pas comme un simple cours de langue, ou une exposition des langues autochtones. Le film offre plutôt un hommage poétique à la richesse singulière des langues autochtones et à ceux qui la parlent encore. Car une langue c’est plus qu’un simple moyen de communication: c’est le vecteur d’une culture, la manifestation d’une identité culturelle. Une langue qui disparaît c’est tout un héritage culturel qui s’éteint.

Anthony Dubé

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