La poète et slameuse Marjolaine Beauchamp offre avec le recueil Aux Plexus une poésie poignante et âpre. Le recueil est divisé en trois parties. La première, « Grand complexus » relate l’hospitalisation d’une adolescente à la suite d’une dépression et d’une tentative de suicide. On y côtoie le comique et le tragique, à travers les thèmes de la maladie mentale, de l’acceptation et de la famille. La seconde partie, « Sacral », s’intéresse surtout à l’amour qui déraille, à la maternité, à la pauvreté et au désespoir. On y trouve aussi une ode à une poésie vraie, sale, dégoulinante, qui est méprisée à tort dans le milieu littéraire. Enfin, la section « Solaire » traite des relations amoureuses malsaines, « D’un amour charcuterie/D’un amour vertige et saccage/D’un amour qui scrappe ». Le tout enrobé de sexe et faisant le portrait d’une fille vraie, brute, « pas d’filtre ». La narratrice s’y affirme et accepte ce qu’elle est en tant que femme et en tant qu’amoureuse.

Avec Aux Plexus, on a parfois l’impression de lire le journal intime d’une adolescente trash et blessée. D’ailleurs, les illustrations de Mivil Deschênes, qui présentent un corps mutilé, blessé et rapiécé, y sont assurément pour quelque chose. Ces corps en noir et blanc qui parcourent le recueil sont le reflet parfait des émotions qui bouillent « au plexus », au centre névralgique de la narratrice. Tout son corps écope, surtout lors des nombreuses séances de mutilations. Cela devient une source d’inquiétude de la part de l’entourage, mais pour les mauvaises raisons, comme dans le poème Passe-Partout : «Tu te demandais/Nerveuse/Ce que j’allais faire à ma graduation/Pour cacher les cicatrices». Le corps meurtri est indéniablement au cœur de l’univers de Beauchamp, puisque la narratrice se coupe constamment et va jusqu’à écrire sur sa peau son mal-être : « Fuck the family/Gravé au compas/Sur ton avant-bras ». Une poésie violente qui donne parfois des frissons jusque dans l’âme.

C’est dans une langue crue, ponctuée de nombreux anglicismes, de sacres et de joual que le lecteur accède à une histoire qui défile comme dans un roman, mais rédigée à la façon de la poésie. Un texte fluide, sincère, touchant dans lequel il y a de nombreuses références à la publicité, à la chanson, à la prière et à des proverbes. Le plus bel exemple est probablement le poème Atterrissage raté où l’auteur reprend le « Notre Père » à sa manière : « Donnez-nous aujourd’hui/Des racines de pissenlit/Qu’on se suicide en mangeant des fleurs/Donnez-moi aujourd’hui/ Un p’tit peu de répit/ Que j’plie mon linge/Que j’fasse des lunchs/ Des osties de gros lunchs ». Notons aussi un autre passage de ce magnifique poème où l’auteur fait un clin d’œil à Dédé Fortin, comme s’il avait été le seul à pouvoir comprendre le désarroi de la narratrice : « T’es où câlisse Dédé Fortin?/On aurait pu s’saouler à mort/Pis s’endormir dans notre bain ».

Bref, c’est un monde libre et grand ouvert que celui d’Aux Plexus où la culture populaire, le quotidien et l’infiniment anodin envahissent la noble poésie. Et ça fait du bien! C’est aussi un monde dur, où l’amour fait mal et où la vie ne fait pas de cadeaux. Une poésie qui écorche, qui blesse et qui réchauffe à la fois.

Julie Cyr

Aux Plexus

Marjolaine Beauchamp

Éditions de l’Écrou, 115 pages

 

La bande-annonce :