La scénographie de Jean Bard prend d’assaut.  Avec juste ce qu’il faut d’épuration pour nous permettre d’imaginer le lieu de nos fantasmes, mais assez de panache pour imposer sa présence, le décor bouscule.  Puis entreront les actrices, en chœur, avec un texte si rythmé, si précis qu’on pourrait y entendre le numéro d’ouverture d’une comédie musicale.  À cette esthétique solide, contribuent les costumes signés Denis Gagnon et les perruques de Denis Binet.  L’univers visuel est séduisant, la promesse est grande et on ne demande pas mieux que de s’y prêter.

Le texte d’Emmanuelle Jimenez entretient un rapport amour-haine avec son sujet.  Bien sûr, on nous parle de consumérisme, de l’éternelle quête du factice, d’un besoin de s’appartenir à travers toujours plus de possessions.  On nous en a déjà parlé maintes et maintes fois, et si, la forme de Centre d’Achats est divertissante, on ne peut pas dire que l’auteure apporte de la nouvelle eau au moulin.  Cependant, le cœur de son sujet tourne plutôt autour des relations humaines et c’est là qu’elle percute le plus fort.

Avec sa distribution féminine se déclinant sur plusieurs âges et la mise-en-scène parfois psychotronique de Michel-Maxime Legault, la pièce rend hommage à un lieu de culte, témoin de toutes sortes d’états et de secrets.  Marie-Ginette Guay et Danielle Proulx, dans une performance bouleversante, sont deux amies qui vivent leur troisième âge complètement différemment.  Anne Casabonne et Marie Charlebois, essaient de se retrouver et de se rejoindre malgré les ressentiments de l’une et la maladie mentale de l’autre. Johanne Haberlin et Madeleine Péloquin tentent d’échapper à la mort imminente de leur sœur dans une quête farfelue du cadeau parfait. Tracy Marcelin s’aliène dans une cabine d’essayage. Les drames des personnages ne sont pas tous aussi creusés, aussi nuancés, et le jeu des actrices s’en ressent parfois, mais ils comportent tous ces parcelles de vérités que l’on retrouve dans nos quotidiens.

La force du texte réside dans ce qu’il nous renvoie de notre humanité, sans trop juger, avec ce qu’il faut d’humour pour nous faire accepter nos travers et nos dichotomies. Le lieu devient métaphore suffocante et nous emmène toujours plus profondément dans le cauchemar. Malheureusement, la pièce flirte parfois d’un peu trop près avec le mélodrame, là où on aurait voulu qu’il embrasse un peu plus sa folie et son humour tordu.

Centre d’achats aurait peut-être gagné à assumer davantage son côté délirant, et certains auront peut-être l’impression que l’on tape sur le clou du propos un peu trop longtemps, mais il reste que l’auteure fait montre d’une sensibilité émouvante.   C’est une évidence, mais on va le dire pareil : Centre d’achats est une pièce qui tombe à point avant le magasinage de Noël.

– Rose Normandin

Centre d’achats, une production du Théâtre de la Marée Haute est présentée au CTD’A jusqu’au 1er décembre 2018.

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