The year was 1986… J’avais dix ans, assailli par les ruminations d’un gamin élevé à la dure, confronté à un dilemme intenable : Nintendo ou Sega! Et oui, après que j’eus mis le feu au cabanon, mes parents, en larmes, consentirent à m’offrir pour Noël ma première console vidéo. Et moi, mûr et rêvant d’évasion, j’arrêtai mon choix sur la Sega Master System, principalement en raison de son jeu mettant en vedette une Testarossa décapotable rouge et une jolie blonde crinière au vent côté passager. Même si le jeu fait aujourd’hui brailler d’ennui tout têtard de 3 et plus, c’était pour moi une échappatoire faite de petits virages négociables, de palmiers en boucle et de musique 8-bit. Le jeu s’appelait Outrun.

I’m Giving You a Night Call… J’avais deux décennies de plus, usé par les vicissitudes d’une vie adulte faite de rêves brisés et de déceptions, en quête d’amour et d’émotions vives. Et puis, je vis Drive, long métrage de Nicolas Winding Refn, mettant en vedette Ryan Gosling, plus belle pièce d’homme depuis Jésus, avec son regard de bébé labrador abandonné et son corps cisaillé dans le marbre des dieux! Un film mettant aussi en vedette la pièce Nightcall, personnage en soi, composition d’un musicien porté aux nues depuis. Un certain Kavinsky.

Bref, tendre souvenir d’enfance et découverte emballante de ma Goslexualité samedi soir au Théâtre Telus. Mais comme on annonce le début de la prestation de la tête d’affiche vers 1 h 30, j’opte pour un réchauffement musical plus organique au Il Motore : On And On, Tennis et Leagues. Hop!

 

On And On

photo_On-and-On

Les avants avant première partie font souvent l’objet d’une indifférence agacée. On s’attarde trop souvent sur les défauts et failles qui en font, invariablement pourrait-on penser, des groupes de ligues mineures. Le critique fatigué n’y échappe pas. Trop de ceci, pas assez de cela, plus lent maintenant, allegro molto vivace tantôt. On and On, trio de Chicago, échappe à la règle. Ses compos, enrobées de synthé et recouvertes de fuzz et autres effets, sont accrocheuses et révélatrices d’une exploration sonore sérieuse. Il y a en effet peut-être un peu trop de glaçage sur le gâteau, mais le moelleux est digeste. On écoute :

 

Tennis

photo_tennis

On ne peut écrire sur Tennis sans mentionner les circonstances de sa naissance. En 2010, tout juste diplômés en philosophie de l’Université du Colorado, les époux Aliana Moore et Patrick Riley larguent tout ce qu’ils possèdent et mettent les voiles. Un périple sur mer le long de la côte est qui allait durer sept mois. De retour sur terre ferme, plutôt que de consigner leurs expériences dans un album souvenir, ils les enregistreront sur album studio. Et ce qui devait s’arrêter là se poursuit toujours. Deux albums et un EP plus tard.

Et deux albums et un EP plus tard, Tennis demeure fidèle à sa formule : un doo-wop à la prom night d’une autre époque, de la pop-baloune pas compliquée, des hooks de guitare surf sans prétentions, des lignes de basse simples, un clavier carré, etc. Et même si une très jolie voix sauve à peu près la mise, l’ensemble n’a rien de très enthousiasmant en mode live. Comme si on se contentait de se rendre du point A au point B sans se soucier de l’efficacité des déplacements. Des navigateurs d’expérience devraient pourtant savoir que le remous des vagues est souvent plus excitant que l’atteinte de la destination.

J’ajoute néanmoins la pièce Cured Of Youth, plus punchée, à ma compilation des 100 meilleurs morceaux de 2013. Et une mention d’excellence à la pièce Origins, mise en vidéo ci-dessous, jouée avant l’au revoir. Un saxophoniste sorti de nulle part a permis de bien ponctuer la prestation.

 

Leagues

photo_Leagues

Il y a six jours, j’ignorais jusqu’à l’existence de ce groupe. C’est pourtant lui qui m’a poussé à choisir le « joué » au détriment du « spinné » en début de soirée. En fait, de ce groupe, je n’ai eu besoin que d’une seule pièce : Spotlight. Un tube irrésistible à vous faire crisser de la semelle jusqu’au lendemain matin, même en situation précaire de première écoute. Le genre de bonheur incisif autrement procuré par les Phoenix, Two Door Cinema Club, Friendly Fires et autres Black Keys 2,0 de la planète disco-rock, avec leurs riffs salauds et sections rythmiques entêtantes.

Malheureusement, à la lumière de l’espace soudainement inoccupé sur le plancher, Leagues ne semble pas être le groupe vedette de la soirée. Malheureusement encore, parce qu’il fait belle figure malgré le vilain mal de gorge du chanteur Thad Cockrell. Une fuite en douce qui s’explique peut-être par l’âge moyen des membres du groupe, de loin supérieur à celui de l’abonné moyen du Il Motore. Ou encore par le look syndicaliste dudit chanteur, aussi charmant en latitude qu’en longitude. Les contremplois peuvent être fatals, diront les plus superficiels d’entre nous.

Malheureusement pour une troisième fois, minuit approchant, c’est poudre d’escampette pour nous aussi. Il y a quand même une ville à traverser jusqu’au Théâtre Telus! On écoute ceci dans la voiture :

Et maintenant place à Kavin… Quoi? Vous pouvez vérifier à nouveau? Nulle part? Rien à faire? Par un malheureux concours de n’importe quoi, mon nom, malgré confirmation, n’apparait pas sur la liste d’invités. Et à 40 $ le coupon, mon porte-monnaie hoche la tête de gauche à droite, les bras croisés. C’est plate. Aussi décevant que le retrait de Sega Corporation du marché de la console vidéo en janvier 2001. Aussi décevant qu’Only God Forgives (SPOILER ALERT), plus récent long métrage de Nicolas Winding Refn avec Ryan Gosling, bavure de casting, avec ses yeux de mini colley castré et sont beau body numérisé, tout juste bon à subir une raclée aux mains d’un nain thaïlandais. Aussi décevant, l’ai-je appris le lendemain, qu’un show de 45 minutes sans rappel et une attente d’une heure et demie au vestiaire. Aussi décevant que… et puis zut!

Avoir su, j’aurais choisi Nintendo.

Texte et iPhotos : Nicolas Roy
Visuel : Anise Lamontagne