Depuis le début des temps, la femme fut source de mystification, de vénération et d’inspiration. On retrouve chez la femme le mystère le plus complet et je ne parle pas de ses sautes d’humeur ni de ses hormones. L’origine du monde se penche sur le sexe féminin non pas dans l’échange, mais dans son abandon, son unicité.

Non seulement les hommes ne connaissent rien de l’orgasme féminin, mais plusieurs femmes ignorent comment atteindre la jouissance suprême avec un partenaire ou seules avec elles-mêmes.

Le sexe féminin se creuse dans son puits pudique, attrayant quoique impénétrable dans ses replis. La femme est capable d’avoir plusieurs orgasmes et pourtant, l’homme arrive plus facilement à atteindre le summum de l’excitation. Pourquoi? Question d’abandon, d’acceptation de son plaisir et de lâcher prise. En ce qui concerne les femmes, c’est une question de peur…

« Nos peurs manifestent souvent les nécessités de notre vie […] On a beau les terrer, faire semblant qu’elles n’existent plus, elles réapparaissent sous diverses formes et couleurs dans l’espoir d’être enfin reconnues et, pourquoi pas, apprivoisées. »

Il existe un monde enfoui en la matrice. Ce monde imprégné de spasmes, de remous et de plaisirs volcaniques est inconnu à l’homme et mal compris par la femme. Sophia, personnage principal de L’origine du monde, découvrira son secret, en sa chapelle, en elle. Il n’y a plus grand-chose qui la retient auprès de Paul, son mari alcoolique, à sa vie en ville, à ce qu’elle est au présent.

Le sexe sacré

Des années de mépris pour les femmes se logent en l’utérus de chacune, des époques d’inégalité, des peurs insondables muent en chaque femme.

« Vous souvenez-vous que je vous ai parlé des peurs des gens? […] Trop de femmes s’éteignent petit à petit […] sans avoir la moindre idée que leur corps est conçu pour la jouissance. Je vais peut-être vous étonner, mais sachez que ce n’est pas dans la relation sexuelle du couple soi-disant normal que la femme vit son besoin intrinsèque d’érotisme. C’est certain qu’elle peut ressentir de bons petits plaisirs si l’homme est le moindrement attentif, mais ça ne la mène pas au ravissement total. »

C’est à l’intérieur d’une chapelle à l’abandon que Sophia découvrira l’origine du monde qu’elle abrite en elle. Par Thomas, un voisin, elle approfondira ce monde sacré en son sexe, sans attente, sans échange, que tout à apprendre, à reconstruire. Alors que Thomas et elle rénovent la chapelle, ce sont des siècles de désirs qui fusionnent entre eux. Thomas la sonde, la découvre, la couvre, la crée. Patience…

Messieurs, calmez-vous l’érection! La femme a besoin de temps! Eh oui, on complique encore les choses que voulez-vous! Mesdames, accordez-vous du temps pour apprivoiser votre corps!

« Supposons qu’une femme soit capable  – et c’est rare – de ne poser aucune limite à son corps, qu’en ferait-elle? Eh bien, croyez-moi, elle l’offrirait! […] Cette femme indomptable n’accepterait dans son intimité que l’homme intéressé autant, sinon plus, à son plaisir qu’au sien. Mais des limites, les femmes s’en mettent, les hommes aussi. Par peur de se perdre, et même par peur de mourir. »

Apprivoiser la bête

Peur de jouir? Certes. Le plaisir féminin longtemps ignoré a eu gain de cause ces dernières années. On en a parlé, on a publié sur le sujet et on a revendiqué son droit. Cependant, l’attention portée sur la performance sera reportée sur la patience. Eh seigneur…

« Connaissez-vous un homme, reprit Thomas, qui sans être payé, soit capable de caresser une femme aussi longtemps qu’elle puisse en jouir, lui donnant un, cinq orgasmes et plus, sans qu’elle ait à se toucher elle-même, sans montrer aucune impatience d’obtenir son propre plaisir? »

Avoir peur du plaisir, c’est craindre de ne plus pouvoir recréer ce plaisir, de ne plus pouvoir y goûter, de sentir un manque en soi. Et si le corps avait été créé pour jouir à l’infini?

«  La femme doit s’abandonner à la jouissance. Mon grand-père disait que la plupart des femmes ont peur de jouir […]. Je parle d’abandon total. Il n’y a rien de plus difficile que de s’abandonner complètement […] car c’est comme se donner la mort à soi-même. »

Thomas touchera l’apogée de Sophia. Toucher pour communier avec elle, au creux de ce doux pêché, toucher de sa langue ses lèvres humides, son point rouge, son puits sans fond, toucher l’infini.

J’avoue avoir eu envie de sauter quelques pages afin de connaître plus rapidement le secret de la femme. La patience et moi ne sommes pas très liées, mettons. L’auteure Monique Lachapelle arrive habilement à maintenir le suspense d’un chapitre à l’autre en entrecroisant le passé au présent, l’histoire du grand-père de Thomas, le mystère de la chapelle et le récit que Sophia livre sans pudeur. L’origine du monde se savoure délicatement, doucement, patiemment tout comme l’orgasme. Pourquoi se presser quand on peut en profiter?

C’est une question de feeling

À la fin du roman, l’auteure nous confie son propre plaisir en quelques lignes et ajoute quelques statistiques intéressantes et appropriées découlant de recherches effectuées sur le plaisir féminin. L’origine du plaisir est un monde de sens.

Pour terminer, j’ose partager avec vous un fragment de ma vie qui rend justice aux propos de l’auteure sur l’abandon jouissif de son personnage. La première fois que je me suis mise nue, entièrement nue, face à un homme qui a osé me regarder à la lumière du jour et me toucher sans empressement, s’attardant à mon ventre, berceau de complexes, murmurant que j’étais si belle abandonnée à ma nudité, a été un moment exquis gravé en moi. J’avais 33 ans, l’âge du Christ! Cet homme fut l’unique à avoir été témoin de ma vulnérabilité.

Je n’ai jamais été capable de me regarder nue dans un miroir sans pleurer et très peu d’hommes ont partagé mon intimité. Ce n’est que lors de ce moment unique que j’ai ressenti tout le pouvoir de ma sexualité, que je me suis vraiment sentie désirée, de corps et d’esprit. Les mains de cet homme posées sur mon ventre laiteux et mou ont eu un effet aphrodisiaque bien plus puissant que tout autre acte sexuel. La communion des sens!

Alléluia!

Allez en paix et apprenez à prendre le temps qu’il faut mes sœurs!

Élizabeth Bigras-Ouimet

L’Origine du monde, Monique Lachapelle, Annika Parance Éditeur, 2014.