Le 30e Coup de cœur francophone a donné son coup d’envoi le 3 novembre dernier, avec la plupart de ses gros spectacles à guichet fermé : impossible d’avoir accès à la soirée d’ouverture de Avec pas d’casque avec Catherine Leduc le 3, ni au lancement du second album très attendu de Klô Pelgag le 4 novembre. Un mal pour un bien au fond, comme c’était plutôt l’occasion de se diriger vers autre chose que les grosses vedettes et les valeurs sûres qu’avaient à offrir le festival. Voilà trois shows qui n’ont vraisemblablement pas été suivis par tous les grands médias de Montréal, mais qui valaient pourtant le détour durant la première moitié de ce festival qui s’étirera jusqu’au 13 novembre.

5 novembre : Élixir de Gumbo et Chassepareil

Le Lion d’Or offrait une soirée riche en folk le samedi 5 novembre, avec un double lancement montréalais. Chassepareil (anciennement Sweet Grass) du Saguenay-Lac-Saint-Jean présentait pour la première fois ici son album Les oiseaux d’hiver paru à la mi-octobre, suivi d’Élixir de Gumbo d’Abitibi, ces maîtres du bluegrass « dans le tapis » qui ont sorti Le beau piège la veille en magasin.

Dès 20h15, les cinq membres de Chassepareil sont arrivés sur scène, souriants et visiblement un peu stressés. La bonne nouvelle, c’est que ça ne s’est pas entendu du tout dans la performance : les jeunes Saguenéens misent sur de belles harmonies vocales (ça aide avec trois chanteurs) et une belle variation dans l’instrumentation. Merci à Johannie Tremblay qui est aussi à l’aise à la flûte traversière qu’à l’harmonica et à Ovide Coudé, qui jouait tantôt de la mandoline, du oud (sympa, le clin d’œil au fait qu’il soit le seul oudiste à avoir le nom de l’instrument dans son vrai nom), ou de la guitare indienne.

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Chassepareil / Photo : Olivier Dénommée

Le quintette a fait appel à quelques musiciens supplémentaires lors de sa performance, dont Richard Séguin… finalement, juste Mathieu Bérubé, qui participera lui-même plus tard au CCF. Une altiste et une clarinettiste ont aussi pu se faire entendre, ajoutant au folk déjà riche de Chassepareil, qui savait savamment varier les registres d’une chanson à l’autre. Après un rappel vivement demandé par le public du Lion d’Or, le groupe s’est retiré après une performance d’un peu plus d’une heure. La barre était haute pour la suite de la soirée.

Quelques dizaines de minutes plus tard, la massive équipe d’Élixir de Gumbo a pris d’assaut la scène : pas moins de sept musiciens étaient présents pour recréer le même son que sur l’enregistrement du deuxième opus de la formation née à La Morandière en Abitibi. L’album est fait de deux blocs, a expliqué le chanteur Dylan Perron : une première plus près du « folk orchestral », et l’autre carrément bluegrass. On a vite compris que l’on se « débarrassait » tout de suite de la première partie, au folk-country poli où les cordes dominaient largement, pour pouvoir faire le party à la fin.

D’ailleurs, si la première moitié du spectacle d’Élixir de Gumbo était impeccable, autant grâce aux arrangements qu’à la chaleur vocale, accentuée par le micro choisi, le public semblait loin d’être attentif : on peinait à se concentrer sur les chansons plus douces comme le public parlait trop fort dans la salle… Au moins, dans la seconde partie, ce n’était plus un problème, comme on passait à la seconde vitesse, gardant cinq musiciens prêts à casser la baraque. Le public ne s’est pas trop fait prier et a poussé les tables pour transformer le devant de la scène du Lion d’Or en plancher de danse. Les fans de bluegrass ont à coup sûr été servis, mais pour ma part j’ai trouvé cette portion plus unidimensionnelle et j’en ai eu assez après quelques dizaines de minutes. À mon départ de la salle à 23h, Élixir de Gumbo ne semblait pas encore près d’arrêter : tant mieux parce le public en redemandait!

Élixir de Gumbo / Photo : Olivier Dénommée

Élixir de Gumbo / Photo : Olivier Dénommée

Après avoir entendu le groupe en spectacle, Les Méconnus se pencheront sous peu sur une critique de son dernier album, Le beau piège. Restez à l’affût!

6 novembre : Luciole et La Valérie

Qui dit spectacle en fin de soirée au Divan Orange dit artistes qui ne demandent qu’à être découverts par un public curieux. La soirée du dimanche 6 novembre accueillait la Française Luciole et la Montréalaise La Valérie.

Bon, je l’avoue : je connaissais déjà un peu les artistes avant le spectacle. J’étais tombé sous le charme du dernier album de Lucile Gérard, alias Luciole, qui s’était rendu de ce côté-ci de l’Atlantique à la fin du printemps. Une des rares chanteuses françaises qui ne sonnaient pas trop « françaises » à mon goût pour que ce soit aussi appréciable au Québec qu’en France. Bref, j’avais bien hâte de savoir comment elle se défendrait sur scène.

Luciole / Photo : Olivier Dénommée

Luciole / Photo : Olivier Dénommée

Surprise : elle est venue sur scène accompagnée seulement d’un guitariste et de quelques percussions (d’ailleurs, son rythme n’était pas toujours exact, a-t-on vite remarqué). Le reste des sons viendrait des ordinateurs. Cela m’a évidemment refroidi au début, mais la suite a tout changé. La chanteuse au sourire tatoué au visage avait tellement de présence sur scène qu’on en venait à oublier sa musique qui était moins organique qu’on aurait voulu. Son charisme faisait presque le show à lui seul. Luciole a évidemment présenté la majorité des chansons de sa dernière sortie, mais a aussi réservé quelques surprises au public, dont des performances de slam a capella, et un duo avec Ariane Brunet, interprétant une étrange version de « Si j’étais un homme ». Tout s’est expliqué lorsqu’elle a joué sa chanson « Demain je serai femme » immédiatement après. La Française a aussi fait appel à d’autres musiciens, le temps d’une chanson qu’elle a justement composée lors de son séjour à Petite-Vallée il n’y a pas si longtemps. Son set s’est terminé en bas de la scène (chose qui semble très populaire au Divan Orange), où elle se donnait le défi de chanter plus fort que les gens qui parlaient à l’arrière. Au moins, ils ont compris le message! La perfo d’une heure a finalement amplement valu la peine malgré les craintes initiales. Espérons que l’artiste pourra faire de plus grosses salles les prochaines fois qu’elle reviendra à Montréal! Constat réalisé en allant sur sa page Wikipédia après coup : elle portait exactement le même habit que lors de son passage aux Francofolies cet été.

Après une performance fort satisfaisante de Luciole, c’était au tout de Valérie de Niverville, alias La Valérie, de se faire entendre. Contrairement à la première artiste qui était en pleine forme, La Valérie a admis qu’elle n’était même pas sûre il y a quelques jours de pouvoir donner son show comme prévu. Les effets secondaires de ses antibiotiques l’ont vraisemblablement rendue confuse à quelques moments lors de son spectacle. Au moins, la performance était quand même bonne et ses deux musiciens ne se sont pas laissé ébranler, mais personne n’a semblé surpris que cela se termine après seulement 45 minutes. Voilà une soirée à oublier pour l’artiste, qui ne devrait heureusement pas manquer d’occasions de se reprendre dans les prochains mois.

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Valérie de Niverville / Photo : Olivier Dénommée

8 novembre : Ponteix et Loïc April

J’étais tombé sur le EP bilingue de Ponteix voilà quelques mois et j’avais bien apprécié le son alternatif qui en émanait. Surtout, j’étais curieux d’entendre comme le groupe venant de Saskatchewan pourrait se défendre pendant un set complet dans un festival de musique francophone! Direction : Divan Orange!

Même en connaissant le groupe, j’ai été surpris par sa musique, beaucoup plus prog que dans mes souvenirs. Les quatre musiciens ne manquaient pas d’intensité, mais mentionnons particulièrement le bassiste qui sautillait de bonheur à chaque note et le batteur, qui semblait dans un univers à part… Parfois on se demandait même s’il jouait la même chanson que le reste du groupe! Le chanteur Mario Lepage est le seul francophone de la formation, mais a livré une très belle performance vocale… dommage que le mix ne lui rendait pas du tout justice! Il a évidemment épuisé son répertoire en français et a servi quelques titres dans la langue de Shakespeare, mais personne ne s’en est montré outré dans cette prestation de 45 minutes. On oubliera par contre assez vite son humour maladroit entre les chansons. Ah, et question de culture générale : je pensais depuis des mois que Ponteix se dirait « Ponté-ix »… on dit vraisemblablement « Pon-tex ».

Mario Lepage de Ponteix / Photo : Olivier Dénommée

Mario Lepage de Ponteix / Photo : Olivier Dénommée

Puis c’était au tour de Loïc April et ses musiciens d’occuper la scène du Divan Orange. Celui-ci misait sur l’abus du reverb et l’abus des accords dissonants. Son côté irrévérencieux était aussi très présent (pas au même niveau que le frontman de Gazoline, pas quand même). Cela a donné un spectacle très particulier, surtout pour ceux qui ne le connaissaient pas. Après une performance à tendance rock progressif, on se baigne dans une énergie plus punk, voire expérimentale par moments. La lourdeur et le mauvais mix ont rendu l’écoute – et l’appréciation – des paroles particulièrement difficiles. Et comme « rappel » (il a seulement demandé si on voulait une autre chanson, balayant la tradition), il a interprété… une reprise… en anglais. Faut le faire! Même si ce set de 45 minutes et le spectacle le plus récent auquel j’ai eu la chance d’assister, c’est aisément un de ceux dont je me souviens le moins…

Loïc April / Photo : Olivier Dénommée

Loïc April / Photo : Olivier Dénommée

Mine de rien, ce 30e Coup de cœur francophone s’achève déjà! Il reste jusqu’à dimanche pour découvrir quelques bijoux de la musique francophones en spectacle. C’est ici que ça se passe!

– Olivier Dénommée