Maude Audet / Photo : M. E. Mongrain

Au cours de la seconde moitié du Coup de cœur francophone 2018, nous n’avons pas eu la chance d’assister à beaucoup de spectacles (merci à notre horaire déjà chargé et à un festival de plus en plus couru et apprécié par les Montréalais rendant l’accès à certains événements difficiles), mais ceux que nous avons vus resteront longtemps dans notre mémoire et, pense-t-on, dans la mémoire de bien des spectateurs. Notre retour de la dernière semaine.

Dany Placard – 6 novembre

Mardi dernier se produisait Dany Placard au Verre bouteille, avec en première partie Laura Babin. Cette dernière a livré un spectacle intime et réconfortant. Elle était venue présenter les pièces d’un album à venir, justement réalisé par l’hôte barbu de la soirée.

Faisaient compétition à Placard cette même soirée : Anatole qui lançait son album Testament, le groupe grunge Fuudge, le grand spectacle caritatif au profit de la fondation l’Accueil Bonneau, le show Pro Bonneau, ainsi que le spectacle Design intérieur de Brigitte St-Aubin.

Ayant délaissé un peu son folk distinctif sur l’album Full Face, le band, formé de Nicolas Beaudoin (Poni, Laura Sauvage, Dave Chose) à la guitare, Marc-Olivier Tremblay Drapeau (Endrick Tremblay, Sara Dufour, Alexe Gaudreault) à la basse, de Jonathan Bigras (Galaxie, Dave Chose, Les Dales Hawerchuk) à la batterie et de Dany Placard à la voix principale et à la guitare, a dans cette optique opté pour un show entièrement électrique.

Dany Placard

La première partie du spectacle s’est déroulée dans un enchaînement de riffs à la Def Leppard où l’écho du micro donnait beaucoup d’amplitude à la voix de Placard. Entre le contentement amusé et la chemise frangée en peau de daim, les quatre comparses ont offert une prestation digne d’un band de garage parfaitement rodé.

Une dame faisait aller sa chevelure d’une intensité remarquable, d’un bord à l’autre de son tabouret, alors qu’une petite blonde barbe-à-papa cherchait constamment son verre de blanc, au même bout de comptoir que où j’étais installée.

La chanson «Dis-moi» se traduisait comme un jam frénétique à marée montante de cymbales. Les deux guitares se parlaient entre elles, en se criant des notes de blues et de rock.

Placard s’est acquitté de sa parure de lièvre, d’un coup de «cette chaleur est insupportable» et en a profité pour commander une tournée de shooters scénique, tout de suite après l’interprétation de «Shop».

Les segments instrumentaux, semés à travers plusieurs des chansons, donnaient une nouvelle saveur à chacune d’elles. Alors que l’intro tout en douceur de «Vince» détonait un peu avec le spectacle mené jusqu’à présent et magnifiait l’importance des «jacassants» empilés à l’arrière. Les désagréments bruyants se sont essoufflés en milieu de chanson avec les inclinaisons électriques des musiciens.

Pour l’amorce de Full Face, Dany Placard racontait une anecdote où, à bout d’entendre le flot ininterrompu de paroles de quelqu’un en état d’ébriété, il lui avait simplement crié de fermer sa gueule. Force est d’admettre que ce moment a dû être des plus jouissifs, malgré tout. Puis, contrairement à ce que stipulent les paroles «Cesse de parler, j’en peux plus, je voudrais rester seul», l’enthousiasme stoïque des gens qui ressentent les émotions dans le thorax, se traçait un chemin à travers la musique.

Lors de l’enchaînement des pièces qui ont suivi, les quarante-cinq minutes de retard qu’avait accusé le début du spectacle commençaient à se faire légèrement sentir dans l’énergie de Placard.

La vigueur a repris à «Chanson populaire» et, dans un moment de confusion frivole, il a clamé «Quand ça fait 100 fois que tu joues la même toune, tu penses à d’autre chose. Pis là j’ai failli l’échapper. Fallait que je vous le dise. Je savais plus ce qui s’en venait. Mais là c’est beau je m’en souviens.» Les moments ingénus ponctuels marquent presque toujours positivement, à mon sens, les spectacles bien ficelés. L’hilarité dans la salle appuyait bien mon opinion sur le sujet.

Dany Placard conserve sa solide place au sein du paysage musical québécois, et ce, entre autres grâce à sa capacité de renouvellement, tant au niveau des enregistrements qu’au niveau scénique. (Audrée Loiselle)

***

Maude Audet – 10 novembre

Le soir aux mille soleils, c’est déjà pas pire intrigant comme titre de spectacle. C’est le nom de cette soirée carte blanche que le CCF et Rélève la relève des Francouvertes ont laissée à Maude Audet samedi soir et disons que l’auteure-compositrice-interprète s’est gâtée pour l’occasion, invitant des amis et des gens qu’elle respecte beaucoup pour partager un moment lumineux au milieu de cette grisaille automnale.

Ça vaut la peine de mentionner que c’était une soirée de premières fois pour moi : ce serait un grave euphémisme de seulement dire que j’ai aimé le dernier opus de Maude Audet, Comme une odeur de déclin, mais je n’avais encore jamais eu la chance de l’entendre en live. C’était même la première fois que je mettais les pieds à la Maison de la culture Maisonneuve, où avait lieu le rendez-vous musical. J’ai même pu trouver une petite place assise à l’arrière après avoir croisé Antoine Corriveau, Salomé Leclerc et peut-être Isabelle Boulay dans la salle (était-ce elle ou son sosie, je n’ai pas vérifié!) pour apprécier ce qui allait être présenté sur scène.

La pochette de «Comme une odeur de déclin», album à l’honneur lors du spectacle

C’est une Maude Audet visiblement stressée, mais prête, qui est arrivée accompagnée de trois autres musiciens. Pendant les chansons, elle était pleinement en moyen, mais c’est pendant ses interventions qu’on la sentait la plus vulnérable et hésitante. Un côté humain qu’on apprécie chez les musiciens aguerris qui nous donnent toujours l’impression d’être toujours en contrôle. J’ai quand même été surpris que constater qu’elle avait une voix plus nasillarde en live que sur album, jusqu’à ce qu’elle revienne de l’entracte et avoue qu’elle s’était étouffée avec de l’eau quelques minutes avant d’entrer en scène au début de sa performance. La voix a aussi eu le temps de se replacer entre-temps, bien que personne ne semble l’avoir particulièrement remarqué.

Très généreuses ce soir-là, l’artiste ne manquait pas d’éloges pour parler de chaque personne montant sur scène avec elle, la première étant Catherine Leduc, qui est d’ailleurs revenue à quelques reprises au fil de la soirée. Par la suite, on a aussi pu entendre les voix d’Antoine Corriveau, de Stéphane Lafleur (Avec pas d’casque), de Philippe B avec qui elle a même complété une chanson prévue pour un nouvel album (on a hâte!) et de Marie-Pierre Arthur qui jouait déjà la basse sur son dernier disque. Elle a bien sûr joué ses propres chansons, avec le dernier opus bien en évidence, mais a aussi laissé la place à ses invités, pigeant dans leur propre répertoire à quelques reprises.

Les invités musiciens étaient bien sûr nombreux, mais Maude Audet a surpris en laissant beaucoup de place à Véronique Côté, à Erika Soucy et à son conjoint, l’humoriste Fabien Cloutier (d’ailleurs lui-même metteur en scène de cette imposante soirée). Les trois y sont allés de textes parfois poétiques, souvent incisifs, pour passer différents messages dont celui de «L’épicerie», qu’Erika Soucy a ironiquement dédié à François Lambert. En quelque sorte des interludes sympathiques pour laisser au public (et à la tête d’affiche de la soirée!) le temps de se préparer à l’émotion de la prochaine chanson.

Car émotion il y avait ce soir-là! Maude Audet a souvent fait mention de ses «soleils» à elle et a expliqué au public attentif l’idée derrière certaines de ses compositions. On retient entre autres que «Léo» a été écrite en l’honneur de Leonard Cohen, ce géant disparu en 2016. Le rendu, avec l’appui vocal de Catherine Leduc et de Marie-Pierre Arthur, a amplifié ce moment à l’approche de la finale du spectacle. Maude Audet n’a quand même pas pu quitter la scène sans livrer un rappel surprenant mais très apprécié : «Smells Like Teen Spirit» de Nirvana en version folk francisée, à des kilomètres de l’attitude grunge originale. J’achèterais sa version demain. Tout comme je retournerais voir cette artiste talentueuse et humaine demain. Voilà qui est dit! (Olivier Dénommée)

Le Coup de cœur francophone avait lieu du 1er au 11 novembre. Les détails ici.

Olivier Dénommée et Audrée Loiselle

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