Émilie Turmel, poétesse de Québec, a fait paraître son premier recueil de poésie aux éditions Poètes de Brousse au printemps dernier. Casse-gueules a pour intention de faire justement ça : casser des gueules. Le ton est cinglant, le projet ambitieux : briser le cercle de la honte dans lequel les femmes sont enfermées « depuis la pomme ».

Rendre hommage pour prendre parole

Casse-gueules est divisé en six parties, nommées d’abord pour les couleurs des bonbons qui donnent leur titre au recueil : Blanc, Jaune, Bleu, Violet, Rose. Elles sont ensuite suivies d’une dernière section de « Poèmes sur le feu » qui contient une série de poèmes adressés à de grandes femmes de lettres, mortes et vivantes, telles Sylvia Plath et Georgette Leblanc. Placée à la fin, cette partie agit à titre d’explication. C’est grâce à toutes ces écrivaines venues avant que Turmel prend parole. Elle leur rend hommage ici en levant son verre « aux ouvreuses de route ». Ainsi, si la lignée des femmes transmet la honte, comme le dit l’exergue tiré de Burqa de chair (« La honte est une lignée de femmes »), ce sont aussi elles qui détiennent les outils nécessaires à la libération.

Dense et très rythmé, le recueil cavale en guerre contre les structures patriarcales étroites qui sont le lot des femmes. La voix du « je » gronde. Le tonnerre de l’éclatement est proche. On ressent bien la fougue qui fait trembler la poétesse. Or, il s’agit d’un « je » un peu effacé qui raconte, qui invective. Le sujet lyrique du recueil essaie avant tout de faire entendre le pluriel muet dans le « elles » maintes fois répétées, tout en s’efforçant de montrer ce que la multiplicité des sorts partage. Car de toute manière « je est une aberration » lorsqu’il y a une révolte à fomenter à plusieurs.

Un impératif de combat

L’avant-dernière partie est écrite à l’impératif. Dans cette section, le sujet poétique ordonne à celles qui « épinglent leurs propres ailes » de délaisser leur placidité afin de se sortir de la honte. Puisque « de cette lumière [leur] descendance / viendra nous secourir. » Casser pour mieux réparer et raccommoder, voilà ce que nous propose d’une voix forte Émilie Turmel dans son premier recueil.

– Clara Lagacé

Casse-gueules, Émilie Turmel, Poètes de brousse, 2018.

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