Une foule importante était massée hier au rez-de-chaussée de la Société des Arts Technologiques afin d’assister à la Carte blanche accordée à Jean-Phi Goncalves. En patientant avec un verre, on a finalement vu l’orchestrateur de la soirée apparaître au milieu d’un escalier mobile dans un coin de la pièce. Sympathique, le réalisateur, compositeur, batteur et membre de Plaster et de Beast nous a accueilli à cette soirée «casse-cou, je sais». Une soirée spéciale dont tous les profits vont être versés à l’Orchestre de la Francophonie et à l’organisme Dans la rue. Semblant plus emballé que nerveux face au défi qui l’attendait, il nous a expliqué l’idée. «On a eu envie d’une rencontre entre plusieurs manières de créer, et aussi plusieurs pensées envers la création. C’est possible que tout explose… En fait, on souhaite que tout explose.»

En guise d’introduction, on nous a présenté le making-of de la magnifique sérigraphie mise aux enchères d’Armand Vaillancourt, créée pour l’occasion. «Voici ce qu’il a imaginé à partir de la musique que je lui ai fait entendre.» Pour cette soirée, Jean-Phi Goncalves a composé 11 pièces originales, qui ont servies de base à cette rencontre entre artistes de disciplines diverses. En ce qui a trait à Vaillancourt, c’est un univers sombre, marqué de rouge, de blanc et de noir, qui est né de l’écoute.

À la seconde où la vidéo s’est terminée, un grand rideau noir s’est ouvert pour permettre au public de se faufiler (c’est vraiment le mot) vers l’Orchestre de la Francophonie. Composé de 50 jeunes musiciens, disons que l’ensemble occupait presque tout l’espace disponible. Si les plus chanceux ont réussi à se précipiter sur les quelques chaises éparpillées ici et là, la plupart des spectateurs ont dû essayer de trouver leur confort à travers la masse de gens qui tentaient d’y voir quelque chose. Point négatif qui a vite été oublié dès la première note jouée.

Parce que c’est à un ensemble original, presque étrange, auquel nous avons eu droit. Sur les sons jazz et électro de Goncalves se sont ajoutés ceux d’un orchestre doué et efficace. Entre les voix d’Alexandre Désilets, Alejandra Ribera et autres invités surprises (dont le danseur LazyLeg, qui a offert une prestation touchante), les musiciens ont tranquillement pris leurs aises en interprétant les pièces tantôt plus classiques, tantôt plus électro. Accompagné d’Alex McMahon aux machines plus «modernes», Jean-Phi Goncalves a tenu le rythme avec enthousiasme. Une excitation qui m’a semblé ne commencer à être partagée que vers le milieu du spectacle par les autres artistes présents.

Il faut d’ailleurs dire que les musiciens ont répété pour la première fois ensemble la vieille du spectacle. Si ça a donné un côté très naturel à la représentation mise en scène par Brigitte Poupart, ce côté «improvisé» a aussi laissé la place à de petits malaises et fautes techniques. Bien sûr, on pardonne devant le talent de chacun, et surtout la beauté de l’ensemble. Après avoir écouté attentivement toutes les pièces (et je l’avoue, être tombée en transe à de nombreuses reprises), j’ai vu la soirée se terminer comme elle avait commencé: sur un air d’ouverture et de découvertes.

– Mélissa Pelletier