Ils se sont tous rencontrés, par divers hasards, au parc Lafontaine. Plusieurs jams, maintes brosses et quelques tickets plus tard, ils jouaient des covers anglophones sous le nom de Drunken Sailors. Ce nom a bien vite fait place à Canailles, et les covers anglophones sont dorénavant des compositions originales francophones, aux accents de bluegrass, de country, de folk, de blues et de cajun.

Commencer à composer et passer au français ne fût pas facile, selon les deux membres de Canailles que j’ai rencontrés : Daphné Brissette (voix) et Erik Evans (voix et mandoline). Cependant, c’était une étape qui devait être franchie pour eux : « C’était la tournure intelligente et inévitable. Parce qu’à un moment donné, quand tu te mets à faire des covers, tu veux monter la barre…Et ça n’aurait pas été aussi authentique si on avait commencé à faire des compositions en anglais.», explique Erik. Daphné renchérit : « Je crois en fait que la musique doit d’être sincère et authentique. Les gens qui parlent en français et qui choisissent de chanter en anglais, faut qu’ils s’assument en maudit. »

Ils ont tous mis la main à la pâte. « À huit, on n’a pas un statut de musicien, on a un statut de compositeur ! Chacun s’approprie un peu la toune. » Car oui, Canailles compte bien huit membres : Daphnée Brissette, Annie Carpentier, Erik Evans, Benjamin Proulx-Mathers, Antoine Tardif, Dan Tremblay, JP Tremblay et Alice Tougas. Mais loin de s’enliser dans une bataille pour le contrôle, le groupe considère que le nombre est une force : l’ajout de chacun menant au meilleur résultat possible. Et les égos d’artistes dans tout ça ? Peu présent, selon Erik : « On est vraiment chanceux pas rapport à ca. On a accepté de vivre en communauté !»

Qu’est-ce qui a changé à la sortie de l’EP, qui a connu un accueil fort chaleureux – surtout considérant leur statut de quasi-inconnus –et des Francouvertes? Selon les membres du groupe, ce temps de tournées et de spectacles leur a surtout donné l’occasion de peaufiner leur son, de solidifier le groupe, d’apprendre les rouages du milieu et de déléguer la partie la plus stressante –l’organisation des tournées – à une équipe professionnelle (Grosse Boîte). Mais, surtout, ils ont pris le temps de songer à ce qu’ils désiraient pour le futur du groupe. Comme dit Daphné : « Avant, on était plus brouillon : on faisait des shows devant des amis et c’était pas mal un gros party de brosse. Les Francouvertes nous ont permis de devenir un vrai band. On s’est dit : là, il est temps qu’on monte un vrai show, qui est autant une brosse, mais qui est aussi un spectacle cohérent »

Daphnée et ses comparses ont donc fait appel à Socalled pour la réalisation de leur nouvel album, Manger du bois (sortie le 10 avril dernier), question de trouver un chef d’orchestre pour leurs huit esprits créatifs bouillonnants. « Lui, sa job, c’était de nous pogner, nous rapiécer ». Socalled ne serait pas un choix évident pour bien des groupes, mais les musiciens voulaient un réalisateur qui pouvait trouver la balance dans leurs diverses inspirations. De plus, comme dit Daphnée : « C’est quand même cool de sortir du circuit québécois traditionnel. »

Canailles est déjà reconnu pour son style cru, autant dans ses textes que dans sa vision de la musique, qui se veut souvent moins léchée que ce qu’on retrouve en masse chez les disquaires. Le groupe assume ce côté et a voulu faire un album ancré dans le quotidien. « Autant l’album peut faire grincer de la face, autant il peut faire rire ou pleurer. Il y a vraiment un bel amalgame d’émotions. Il peut aussi être écouté dans les partys. Je pense qu’il se prête à n’importe quoi. » Daphnée continue la pensé d’Erik sur le sujet : « Même faire du lavage. »

Évidemment, il est difficile de passer à coté de la question: pourquoi nommer un album « Manger du bois » ? Daphnée répond vite: « Erik et moi, on a vraiment une haine envers les pretzels. Manger des pretzels, c’est vraiment plate et c’est comme du bois. Notre album, c’est un peu ca. Dans la chanson, (NDRL : Canaillles a écrit une chanson du même nom que l’album, mais qui ne se trouve pas sur celui-ci) on peut entendre: ‘‘J’irais pas manger du bois’’, et du bois, dans le fond, c’est : ‘‘J’irais pas manger du plate’’. L’album, ça décrit toutes les affaires plates qui peuvent arriver dans notre quotidien. »

Avant leur tournée estivale qui devrait les mener partout au Québec (dates à venir), les membres de Canailles feront partie de la programmation du Festival international de LaFayette, en Louisiane.

– Marie-Paul Ayotte ( Emmpii)