Crédit photos : Julie Gauthier

Les derniers jours furent pour le moins occupés pour les innovants, créatifs, visionnaires de ce monde. En effet, Montréal a vécu une fois de plus C2 Montréal – conférence internationale immersive. Mais pour vrai, ça veut dire quoi? C2, qui en est à sa septième édition, unit les univers du commerce et de la créativité afin d’explorer les tendances, opportunités, bouleversements et mutations majeurs qui se dessinent à l’horizon. Chaque année, c’est plus de 5000 décideurs d’horizons divers qui se retrouvent pour repenser la manière de faire des affaires. Cette année ne fût pas en reste.

Trois jours d’un heureux mélange de conférences, classes de maître, brainstorm expérimental, expos, prestations.. On brise les cadres, on sort de notre zone de confort, on se projette dans l’avenir. C’est un gros moment d’inspiration collective.

Dans le concret, ça a l’air de quoi? Je dirais un mélange de rave, de café branché, de fête foraine… Le tout dans une ambiance à mi-chemin entre les films Le cinquième élément et Ex Machina (quoi tu n’as pas vu ça?). L’horaire est tellement chargé qu’on titube un peu hébété entre le grand chapiteau extérieur avec scène 360 degrés, le Cabaret, le Garage, la Fabrique, les différents labs, en tentant de ne pas trébucher sur une brain date.

Jasette avec Mélanie Joly

À l’horaire, des invités de marque, des ministres, des leaders, des innovateurs. Pensons seulement à Steve Wozniak, cofondateur d’Apple Computer ; Jade Raymond, vice-présidente et directrice générale du portfolio, Motive Studios, Visceral Games et Star Wars chez Electronic Arts ; Nadeep Signgh Bains, ministre de l’Innovation, des Sciences et du Développement économique ou encore Maestro Kent Nagano et le designer Karim Rashid… Et la liste est encore longue. Je me suis d’ailleurs entretenue avec Mélanie Joly, ministre du Patrimoine canadien.

Il a été question du vaste chantier sur le numérique. La bonne nouvelle? Le CRTC, le Conseil de la radiodiffusion et des télécommunications canadiennes, a confirmé que la connexion à internet était désormais un service essentiel, donc un droit. Il s’agit d’une nouvelle qui nous permet d’espérer que toutes les régions du Québec seront connectées dans un avenir rapproché.

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À ma question à savoir s’il est réaliste de penser que toutes les régions du Québec puissent bénéficier d’un accès à la technologie, Mélanie Joly admet qu’il y a là un défi de taille, mais que la décision du CRTC permettra sans aucun doute de faciliter le déploiement de la stratégie numérique partout au Canada, même dans les régions rurales.

Tout au long de l’entretien, il a été question de la neutralité du web qui est très importante pour le gouvernement en place et sur les différents scénarios à l’étude en matière de contenu canadien sur les grandes plateformes numériques comme Netflix, tout étant encore à l’état de discussion entre le gouvernement et les géants du numérique.

Où sont les artistes?

Une autre de mes interrogations portait sur l’accessibilité à des événements comme C2 Montréal pour les artistes et organismes culturels. Joly a retourné la question aux organisateurs de C2 en proposant que le contenu des conférences et ateliers soit diffusé largement et gratuitement post-événement. Mélanie Joly croit beaucoup au contenu libre (open source) et pense que tout le monde devrait pouvoir bénéficier des réflexions et échanges qui font l’ADN de C2 Montréal. C’est donc un message envoyé aux organisateurs puisqu’à près de 4000 dollars la passe (bon ok, c’est 1 800$ en tarif early bird mais quand même), il y a très peu d’OBNL ou d’artistes qui peuvent assister à ce terreau fertile en idées nouvelles. Personnellement, je propose un programme de financement pour rembourser à 75% l’inscription à ce type de colloque pour le milieu culturel. Mais bon, je ne suis pas ministre de la culture.

Chapeau tout de même à C2 Montréal pour avoir fait la part belle aux artistes…du moins sur les murs. Plusieurs kiosques d’artistes locaux se trouvaient sur place, en plus d’un marché de l’art pour les diffuseurs. L’événement se déroulait d’ailleurs à l’Arsenal, centre d’exposition privé en art contemporain.

Chapeau aussi à l’organisation impeccable, de l’accueil digne des douanes d’un aéroport jusqu’aux food trucks abondants sur le site. Tout étant mis en place pour faciliter la vie des « festivaliers ». Il y avait des préposés aux toilettes prêts à essuyer…la moindre goutte d’eau sur le comptoir, sans parler des bénévoles dans tous les coins pour orienter la foule. Ne passons pas non plus sous silence l’utilisation de KliK, plateforme web qui permettait via son badge connecté de réserver ses brain dates, de planifier son agenda, d’échanger ses coordonnés en touchant simplement le badge connecté de sa nouvelle future relation d’affaire ou encore de payer ses huîtres et son champagne sans sortir son portefeuille. (Ce ne sont pas des blagues, des huîtres et du champagne).

En résumé, C2 Montréal est un endroit incroyable pour stimuler sa créativité, faire des réunions dans le ciel ou encore tisser des liens d’affaires. Je souhaite seulement pouvoir y voir davantage de gens du milieu culturel. Pas sur une scène pour un show, pas non plus derrière un comptoir pour vendre des œuvres, mais plutôt comme participants. Qui dans la vie est plus créatif qu’un créateur? Le milieu des affaires gagnerait à partager ses problématiques de gestion avec des artistes. L’inverse est aussi vrai et plusieurs gestionnaires culturels et artistes bénéficieraient grandement de l’expertise de gens d’affaires.

Julie Gauthier (qui blogue aussi ici)

C2 Montréal, du 24 au 26 mai 2017. Pour toutes les informations, c’est ici.

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