Huit ans après l’inoubliable Poetry, Lee Chang-Dong revient à la réalisation avec Burning, un film adapté de la nouvelle Les granges brûlées d’Haruki Murakami.

Un demi-thriller

Burning est un film d’une durée de deux heures et demie, ce qui en fait un métrage plutôt consistant pour les moins initiés. Puisque je n’avais pas trop d’attentes envers ce film (mais de l’excitation, certes), je me suis ordonné de bien cerner les intentions de ce réalisateur sud-coréen assez énigmatique.

Si l’on ne sait pas qu’il s’agit d’un thriller, la première heure du film semble crier qu’il est question d’un coming-of-age psychologique. On découvre Jongsu et Haemi, deux anciens camarades de classe et voisins, qui se retrouvent dans la jeune vingtaine. Le père de Jongsu possède une ferme qu’il doit laisser à son fils, car on apprend qu’il sera incarcéré suite à des épisodes de violence. Jongsu est un jeune écrivain en devenir. Haemi, pour sa part, apprend au protagoniste qu’elle s’est fait refaire grâce à la chirurgie plastique. Elle danse pour annoncer des concours et des loteries dans la rue (ce qui est courant dans plusieurs pays en Asie). Alors qu’ils se rapprochent peu à peu, la jeune fille admet qu’elle garde un souvenir amer de Jongsu plus jeune qui lui dit qu’elle est laide. Ça ne les empêche pas de devenir intime directement après l’aveu, dans une séquence assez mystique où le protagoniste jouit en observant les montagnes depuis la fenêtre d’Haemi.

Puis le film se complexifie. Haemi part en Afrique et demande à Jongsu de s’occuper de son chat. Jongsu accepte, et pendant l’absence de son amie, il nourrira un chat qu’il ne verra pas (on comprend qu’il est caché, mais ce n’est jamais très clair) et se touchera devant les montagnes en pensant à Haemi. Enfin, au retour d’Haemi d’Afrique, un jeune playboy du nom de Ben la suit dorénavant partout. Les trois jeunes forment dès lors un groupe d’amis inséparables. Il y a pourtant quelque chose de louche chez ce Ben. Enfin, Haemi se volatilise sans laisser de traces, ce qui plonge Jongsu dans une enquête obscure, ce qui n’est pas sans rappeler Gone Girl (Fincher, 2014).

Le maître du silence

Chang-Dong est passé maître, depuis Poetry, aux séquences du silence. Dans ce film mélangeant les ambiances intimes et funèbres, le réalisateur insert une beauté poétique presque hermétique. Haemi qui danse à la brunante les seins à l’air, puis qui fond en larmes à la fin de la danse ; c’est un exemple de comment Chang-Dong donne la magnificence et la reprend. Le spectateur ne sait pas sur quel pied danser, entre émerveillement du simple et consternation de l’impossible. Le tout dans un silence alourdissant. Une composition très subtile accompagne parfois une scène, mais la musique manque de passer inaperçue très souvent par son absence dans la majorité des séquences.

Acteurs sensibles 

Jeon Jong-seo obtient son premier rôle avec Burning. Étonnante dans sa sensibilité et sa légèreté, elle en est probablement au début d’une carrière florissante. Pour Yoo Ah-in, peu connu de notre côté du globe, il a une dizaine d’années derrière la cravate au cinéma. Enfin, Steven Yeun quitte le casting du frêle et nerd garçon dans Walking Dead pour intégrer un mystérieux homme charismatique et très riche. Le trio s’agence bien à l’écran, offrant une complicité solide, et en même temps ils incarnent chacun un personnage assez différent des autres (Jongsu le timide, Haemi la frivole, Ben le laidback). C’est la force du métrage.

Chang-Dong n’arrive malheureusement pas à se dépasser avec son dernier film. Après huit ans sans signe de lui, on espérait contre nous un retour fulgurant avec un film aussi puissant que Poetry. Bien que Burning apporte une atmosphère singulière et une lenteur agréable, il n’arrivera pas à poser son réalisateur un peu plus haut. Chang-Dong devra donc se retrousser les manches pour la suite des choses, et espérons-nous que ça ne prendra pas huit autres années avant de revoir ses récits à l’écran.

– Victor Bégin

Burning, de Lee Chang-Dong, avec Yoo Ah-in, Jeon Jong-seo et Steven Yeun, 2018, à l’affiche à Montréal depuis le 7 décembre 2018.

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