Lucie est une jeune femme qui a la bosse des affaires (une petite cabane en deux morceaux à 52,99$, quelle aubaine!) et une passion folle pour les Cheerios. Claud Prud’homme est un être timide, qui tente par tous les moyens de sortir de sa coquille. Clémence de la Durantaye a 11 ans, adore l’émission Alors, vous croyez que vous pouvez danser? et cherche une famille d’adoption dans une vente aux enchères. Romuald est un magicien un peu grotesque qui ne réalise pas la médiocrité de son numéro. Une professeure de chant donne une leçon incompréhensible à un artiste plein d’espoir.

Au fil des sketchs qui allient malaises et rires, on apprend à connaître ces personnages hors du commun. Inconscients de leur ridicule, ils sont reconnaissables par leur masque d’abord, mais aussi par leurs agissements inappropriés de plusieurs manières. Imaginés et joués avec brio par les comédiens du collectif Bulles (Jonathan Morin, Olivia Palacci, Nathalie Doummar, Michèle Dorion, Marie-Noëlle Voisin, Hugo B.Lefort et Alexandra Cyr), ils nous font rire, mais aussi réfléchir sur notre propre jugement envers les autres.

Si le début du spectacle semble manquer de cohérence par l’enchaînement de scénettes qui ne donnent pas l’impression d’aller vers un tout, il se rattrape en réintégrant les personnages dans un quotidien qui ne peut que nous interpeller. Quand on voit Lucie se faire malmener par deux individus qui filment la scène (ça rappelle un fait divers assez récent d’ailleurs) dans le parc où elle vit, quand on est témoin du rejet de Clémence de la Durataye par celui qui fait battre son cœur, quand on assiste à la déclaration d’amour pathétique de Claud pour un jeune homme à la soirée retrouvailles de son université, quand on regarde Romuald se faire refuser l’accès au spectacle du magicien Luc Langevin «parce qu’il va encore déranger », on ne peut qu’avoir le cœur serré pour ces êtres seuls. Et se rappeler avoir assisté nous même, la plupart du temps silencieusement, à ces rejets de nos pairs différents.

Bulles, c’est un peu de tous les malaises qu’on peut vivre au quotidien dans les lieux publics. Mais surtout, ce spectacle met de l’avant les gens qui souffrent de la solitude et nous, la société, qui tend trop rarement la main pour les aider.

– Mélissa Pelletier

Bulles dans le cadre du Zoofest au Théâtre La Chapelle, les 18, 24 et 25 juillet.