Jusqu’au 12 mai, le cinéma du Parc présente Le bouton de nacre de Patricio Guzmán, documentariste chilien reconnu autant au Chili que dans le circuit international pour ces films historiques et politiques. Ses deux derniers films, Nostalgie de la lumière (extraordinaire! À voir absolument!) et Le bouton de Nacre, présente un travail nouveau pour le genre documentaire. À la fois poétique, politique et aux limites du cosmique, les deux films déplient l’histoire du Chili à partir d’un point du paysage plutôt qu’un évènement historique. Alors que Nostalgie de la lumière prenait ancrage dans le désert d’Atacama au nord du pays, Le bouton de nacre s’intéresse à la pointe sud de l’Amérique du Sud, en Patagonie, à cette eau glacée qui entoure le plus grand archipel du monde.

Guzmán effectue ici un travail méticuleux d’historien et trace les rapports que son pays a entretenus avec cette hydrographie depuis les tribus premières jusqu’à aujourd’hui en passant par l’horrible dictature d’Augusto Pinochet. Guzmán a d’ailleurs été expatrié dans les suites du coup d’État de Pinochet en 1973.

À 70 ans, le réalisateur délaisse le documentaire classique pour filmer les relations entre les choses plutôt que de lister les évènements et les faits. Le Chili apparait comme un fin tissage de son histoire, de son paysage et de ses habitants.

Un bouton de nacre est un peu l’excuse du départ : d’où viendrait ce bouton incrusté dans le métal rouillé, trouvé au fond de l’eau? Est-ce que l’eau porte la mémoire de ceux qui y sont entrés ou qui l’ont traversée? Guzman convoque autant la mémoire des peuples indigènes que celle des colonisateurs et des militaires des camps de détention sous la dictature de 1973. Les questions posées sont vastes comme ce pays qu’il est impossible de regarder sur une seule carte.

Il y a, bien entendu, des interviews avec des anthropologues, des autochtones qui ont dû traverser les eaux après la colonisation et des historiens, mais l’intérêt du film est surtout dans la voix du cinéaste en hors-champs. C’est cette voix qui pose des questions, qui fait les liens entre nature et culture et qui nous amène des morts parachutés au fond des eaux jusqu’aux peuples indigènes qui peignaient leur corps d’étoiles pour ne faire qu’un avec le cosmos. Le cinéaste déplie l’histoire et la carte de son pays et donne voix et mémoire à l’eau glacée de la Patagonie.

Bien que moins prenant que la Nostalgie de la lumière, Le bouton de nacre est un documentaire remarquable dans sa forme, d’une belle poésie et d’une grande beauté. Pour tous ceux qui veulent connaitre le Chili pas simplement par l’histoire et la politique, mais par la poésie, l’anthropologie et la cosmogonie.

Maude Levasseur

Le bouton de nacre du Patricio Guzmán est présenté au Cinéma du Parc jusqu’au 12 mai.