Crédit photo: Christina Alonso

Le 21 août prochain, Yves Desrosiers lancera Bordel de tête au Verre Bouteille en formule 5 à 7. Bordel de tête, c’est de la chanson et bien davantage… car le génie musical d’Yves Desrosiers réside dans l’art de monter le décor, de camper les personnages, en une sorte de «chanson cinématique» qui nous propulse sur les lieux et nous injecte l’âme d’un texte.

Il plonge cette fois dans les univers de plusieurs auteurs : Robin Aubert, Ivy, Gilbert Langevin, Émile Nelligan et Roger Tabra, sans oublier Vladimir Vissotsky, au bonheur des amants de Volodia qui en redemandent depuis longtemps! Ces textes forts abordent avec autant de poésie les dernières secondes de Saint-Exupéry (St-Exu) ou une envolée éthylique (La romance du vin), en passant par les mystères de l’amour (Pas besoin), un ami distant (Ma route et sa route) ou la lutte d’un peuple entier (La chasse aux loups).

Toujours aussi fin mélodiste, Desrosiers signe une réalisation qui passe du dénuement le plus pur aux agencements les plus inventifs, quand sur une simple intro voix/guitare, se greffent en filigrane ici la modulation inattendue, là l’évocation sonore, la note suspendue ou la pulsation – toujours juste au bon endroit! –, puis la montée vertigineuse ou la descente inexorable. Y a qu’à fermer les yeux et se laisser planer…

Voilà la force d’Yves Desrosiers, qui trouve peut-être sa quintessence sur cet album : musique et texte, personnages et ambiances, font corps en une symbiose désarmante. Malgré l’étendue du registre, tout coule comme de l’eau de roche. Le temps y est suspendu; on valserait volontiers avec Des schizophrènes (un suave duo avec Alejandra Ribera), une serveuse blasée (Les éclopés) et un Homme invisible, au gré d’un Vol imaginaire, en s’offrant la liberté d’une rêverie. Autant de regards d’une infinie tendresse sur des réalités du simple au grave. Autant de bulles qui s’épanouissent d’une piste à l’autre. Autant d’univers sonores soutenant au passage cette gravité qui réconforte, faisant planer la lumière au-dessus de nos bordels de tête.

Un album que l’on écoute en boucle, dans la hâte de fredonner avec la foule lors du prochain spectacle, de le faire connaître aux nôtres, et aux leurs, et à ceux qui suivront… En attendant, on l’écoute pour soi, avec le plaisir d’en découvrir davantage à chaque fois!