Paru originalement en février 2018, Les Bleed de Dimitri Nasrallah est paru à nouveau ce 28 août en traduction française à La Peuplade. Ce troisième ouvrage de l’auteur était très attendu étant donné le succès de son prédécesseur, Niko, lui aussi traduit de l’anglais canadien par Daniel Grenier et publié chez l’éditeur saguenéen.

Une dictature fictive pour un sujet bien réel

Le règne des Bleed sur Mahbad dure depuis des décennies. Trois générations de dictature de père en fils qui se sont faites dans l’amour et dans la haine. C’est Blanco qui est à l’origine de la Révolution. C’est lui qui a redressé le pays. À sa mort, son fils Mustafa reprend le flambeau. Il fait tout pour conserver l’héritage politique de son père et l’image de sa famille, même s’il faut pour cela commander des assassinats. Son unique hériter, Vadim, est forcé de le remplacer quand sa santé commence à décliner. Mais si sa santé s’est fragilisée, sa poigne de fer a gardé toute sa force, et le jeune et nouveau président se trouve sous son autorité. Considérant son pouvoir limité et ses intérêts personnels, Vadim s’intéresse peu aux affaires politiques. C’est pourquoi, lorsque vient le temps de briguer un deuxième mandat, les résultats des élections ne penchent pas en sa faveur.

Ne googlez pas Mahbad. Vous ne le trouverez pas. Ce petit pays est une invention de l’auteur, tout comme la ville de Qala Phratteh. Des lieux fictifs pourtant empreints de réalisme. En effet, on peut reconnaître les événements que Nasrallah y dépeint comme étant survenus, à quelques nuances près, dans de nombreuses autres contrées. Les Bleed est ainsi une fiction qui n’est pas tout à fait fausse. Seuls les protagonistes et les lieux changent. Là se trouve toute la pertinence du livre.

Des voix multiples et des mensonges

Le sujet politique est abordé avec rigueur et sous différents points de vue narratifs. En effet, le récit est raconté par le biais de quatre voix. La première est celle de Nada Ferber, journaliste, dont les articles parus dans La Nation, journal indépendant du pays, présentent les évènements d’un point de vue qui se veut objectif. Ensuite viennent les voix de Mustafa Bleed et de Vadim, qui montrent les désirs, les contradictions et la sensibilité des deux leaders.

« Je suis debout sur le grand balcon, j’attends que le brouillard se dissipe dans l’air frais de la montagne. Le soleil est apparu derrière les cimes des montagnes Allégoriques il y a à peine une heure et je ne distingue que des parties isolées de la ville à travers les grands arbres. La fumée d’un incendie flotte au-dessus de la vallée. Comme j’aimerais avoir des jumelles. Ce sont tous ces petits détails qui finissent par raconter une histoire. »

Enfin, la quatrième voix est celle de Kaarina Faasol, blogueuse engagée qui met sa vie en danger pour exposer les Bleed. L’alternance de ces points de vue permet de montrer comment se propagent information et désinformation dans un système en lutte avec la censure.

Les Bleed est un livre qui se lit ainsi plus avec l’intellect qu’avec le cœur. Il fait certes vivre quelques émotions, mais son intérêt réside surtout dans la réflexion qu’il soulève. On pourrait dire de ce dernier livre de Dimitri Nasrallah qu’il est une sorte de classe-laboratoire qui permet d’observer, à travers le comportement des personnages, à quel point vite on peut devenir le pion de quelqu’un.

– Christine Turgeon 

Les Bleed, Dimitri Nasrallah, La Peuplade, 2018.

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