On répète souvent que le sport national des Québécois est le «chiâlage».  Que notre société a tendance à se vautrer dans l’inaction et à se conforter dans ses critiques acerbes et amères, rejetant le blâme sur l’autre, l’accusant de tous les maux.

Récipiendaire du prix Prix Gratien-Gélinas en 2011 et de retour pour une deuxième année consécutive, la pièce Billy (les jours de hurlement) aborde cette tendance à la déresponsabilisation et au jugement facile. La mère d’Alice vocifère contre le père de Billy, l’accusant de négligence envers son fils et le traitant sporadiquement de «BS laitte» qui préfère se gaver de beignes. Le père de Billy, quant à lui, entretient une hargne envers l’éducatrice de la garderie, alors que l’adjointe sénior aux activités de formation à la Commission scolaire des Trois-Monts fulmine contre le préposé à l’installation de son babillard en écoutant une radio-poubelle.

Dans une mise en scène dynamique signée Sylvain Bélanger, où chacun ronge son os, régurgitant ses frustrations, leurs beuglements s’entremêlent faisant escalader un raz-de-marée violent. Si chacun entretient une rage viscérale envers l’autre, reclus dans ses pensées, leurs destins se croiseront bientôt, les confrontant à leurs propres torts et faiblesses.

Pourtant inoffensive au départ et plutôt comique, l’écriture de Fabien Cloutier est pourtant sournoise et brutale. On se reconnait rapidement dans cet art accusateur qu’est le «chialâge», dans cette façon aisée de créer des relations avec l’autre par le biais du jugement, du dénigrement, dans cette façon justificative de se déresponsabiliser.

Je ne peux pas croire qu’on confondra encore longtemps «colère» et «révolte» et qu’on choisira éternellement et à répétition l’option la plus brève et la moins engageante entre les deux. »  – Sylvain Bélanger.

Je crois que cette citation résume bien l’essence même de la pièce et par le fait même, la société dans laquelle nous évoluons. Farouche devant le changement, préférant alterner d’un parti politique à un autre, nous confortant dans un sentiment de sécurité nocif et régressif.

– Edith Malo

Une Production du Théâtre du Grand Jour

Du 9 au 27 septembre 2013 à La Licorne

Avec Louise Bombardier, Guillaume Cyr et Catherine Larochelle

Mise en scène Sylvain Bélanger

http://theatrelalicorne.com/lic_pieces/billy-2/