Musicalement, l’année 2016 aura été riche en décès (a-t-on vraiment besoin de les nommer?), mais elle aura aussi permis la sortie de perles musicales. Les Méconnus, de peine et de misère, en ont identifié quinze comme nos choix de l’année, tous genres confondus. Préparez-vous, ça commence :

Aidan Knight – Each Other

« Un album qui oscille comme son prédécesseur (Small Reveal) entre friabilité et assurance, impulsé par une voix qu’on dirait effarouché, mais qui gagne en tonus lorsqu’encadrée par des musiciens habiles et capables de sortir le morceau du carcan radio », disait Nicolas Roy en janvier sur le troisième long jeu du musicien de Victoria, en Colombie-Britannique. L’album est tellement bon qu’il nous en a fait oublier le titre, le renommant All Clear dans la critique initiale. Ça ne s’invente pas.

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Anohni – Hopelessness

Cet album est le premier à être lancé sous le pseudonyme Anohni, la nouvelle identité de Antony Hegarty (connu grâce à Antony and the Johnsons). La chanteuse transgenre « modernise carrément la chanson contestataire en la bardant de grandiloquence et en l’expédiant sur un plancher de danse engagé », affirmait avec justesse Nicolas Roy.

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Bellflower – The Season Spell

Nicolas Roy a raconté une étrange histoire au moment de la sortie de l’album The Season Spell de l’envoûtant groupe montréalais. On ne la répétera pas ici, mais il semble que ce deuxième album sauve des vies, notamment grâce à « la voix floconneuse et hydrogénée d’Em Pompa, rappelant une jeune Lou Rhodes dégagée de son breakbeat », mais aussi grâce aux arrangements, dignes d’une trame sonore (potentiellement celle de votre vie).

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Betty Bonifassi – Lomax

Un an et demi après son premier album solo homonyme, la grande Betty Bonifassi poursuit sur sa lancée des chants d’esclaves africains aux États-Unis. Par contre, Bonifassi et Lomax, son deuxième album n’ont que le thème en commun. « L’approche est inévitablement différente, l’artiste ayant fait table rase de ses ex-collaborateurs pour constituer une toute nouvelle équipe créative », précisait Jean Lavernec. « Et juste pour cela, on y plonge à tympans joints, les hanches lascives et la tête dans l’Histoire. » Tout est dit.

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Blood Orange – Freetown Sound

Nicholas Dawson n’avait que de bons mots pour le troisième album de Dev Hynes sous le nom Blood Orange, lui qui a été conquis par le portrait qu’on y dresse des cultures noire, queer et féministe. « En s’entourant d’un nombre impressionnant de collaboratrices de renom, Blood Orange rend hommage aux personnes invisibilisées dans notre culture et aux mouvements sociaux, à commencer par le mouvement Black Lives Matter », expliquait-il.

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Dead Obies – Gesamtkunstwerk

En 2016, il y a essentiellement deux écoles de pensée au sujet du meilleur album de rap québécois. La première veut que Gesamtkunstwerk du collectif Dead Obies remporte la palme pour son deuxième album plein d’audace (et on ne parle même pas de la controverse qu’il a suscité). « Lorsqu’on parle des DO, le terme de post-rap est loin d’être fantaisiste. Si leur musique, encore plus ici que dans l’album précédent, garde une forte odeur d’essence hip hop, le combustible qui la propulse est de bien d’autres natures musicales. Les limiter à des disciples du rap pur et dur reviendrait à se borner à décrire Pierrot le fou de Godard comme un film policier », tranchait Jean Lavernec dans sa critique. Et la deuxième école de pensée? Continuez la lecture, on y arrive.

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HÆLOS – Full Circle

« Il y a du Radiohead sous le capot, bien sûr, comme chez chacun, davantage dans l’âme que dans le corps ce coup-ci, mais surtout une pléthore de trios trip hop des années 1990 qui ne juraient à l’époque que par juxtaposition de l’ambiant et du breakbeat. »  La description de l’album Full Circle de HÆLOS par Nicolas Roy donne envie, citant d’autres apparentes influences et similitudes comme The XX, Dear Criminals, Daughter, Hundred Waters et Massive Attack pour un album incontournable de 2016.

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Koriass – Love suprême

Bon, on a parlé de Dead Obies, mais l’autre grand gagnant du « rap keb » cette année est certainement Koriass avec son quatrième album studio percutant. Jean Lavernec est clair dans son propos : « Avec son expérience forte de quinze années et six disques sur une décennie, son travail acharné sur le verbe et son étroite collaboration avec Philippe Brault (qui commet ici une première coréalisation dans ce genre musical) et Ruffsound, l’artiste trentenaire met la barre très haute pour le hip hop québécois. Notre Koriass pugiliste national du flow a désormais acquis la stature d’un poids lourd à la plume qui cogne. » La collaboration marquée du comédien Gilbert Sicotte ajoute aussi au côté marquant de Love suprême, un des albums de l’année.

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Krief – Automanic

« J’essaie de me souvenir quand était la dernière fois que j’ai écouté un album double où toutes les chansons étaient bonnes, sans exception. Le Montréalais Krief réalise cet exploit avec l’imposant Automanic », selon Olivier Dénommée. En un peu plus de 80 minutes, Patrick Krief ratisse large, passant « du gros rock à la ballade en passant par le folk-country, le tout avec une ambiance souvent rêveuse, voire psychédélique » : un album qui gagne franchement à être connu.

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The Last Shadow Puppets – Everything You’ve Come to Expect

Le supergroupe formé d’Alex Turner (Arctic Monkeys), Miles Kane (ex-The Rascals) et James Ford (Simian Mobile Disco) s’est fait attendre pendant huit ans après The Age of the Understatement, mais l’attente a valu la peine à en croire Jean Lavernec. « Le résultat est savoureux. Sans ironie, de la musique que l’on peut écouter au quotidien : pour le ménage, en voiture, dans la foule du métro, du bus ou de la rue. Évidemment plus mature que leur première création commune, ce que le nouvel opus a perdu en spontanéité (justement, The Element of Surprise et Pattern), il l’a gagné en solidité (Sweet Dreams, TN). »

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The Pineapple Thief – Your Wilderness

Onze albums derrière la cravate, et le groupe progressif britannique est toujours en pleine forme. La participation du batteur Gavin Harrison (de The Porcupine Tree et King Crimson) fait certainement partie des conditions gagnantes qui ont fait que Your Wilderness atteint un tel calibre. « Cela s’entend dès les premières secondes de l’album, où le batteur est laissé seul pour installer le rythme, de façon subtile, mais précise. La symbiose du groupe prog semble aussi plus grande que jamais, et chaque musicien semble au sommet de sa forme dans l’enregistrement », mentionnait Olivier Dénommée.

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Plants and Animals – Waltzed In from the Rumbling

Guillaume Francoeur sent que ce quatrième album du trio montréalais Plants and Animals a su « accomplir une évolution organique aussi favorable. […] Après avoir accouché de quelques opus plus facilement catégorisables, le trio montréalais a réussi à conserver de son passé ce qui fonctionnait bien et à se débarrasser de ce qui marchait moins pour donner vie à un nouveau spécimen à l’identité plus flottante, mais à l’efficacité rehaussée. » Il est question d’un groupe qui a su évoluer pour parfaitement s’adapter à son environnement (musical), rien de moins.

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Radiohead – A Moon Shaped Pool

… Que dire sur le neuvième album studio du mythique groupe Radiohead qui n’a pas été dit dans tous les autres tops le contenant (soit, probablement à peu près tous ceux que vous lirez d’ici la fin de l’année)? Pas grand-chose, alors disons-le simplement dans nos mots : « Il faudrait ensuite écrire des pages et des pages pour pouvoir espérer rendre justice à la beauté des arrangements, des mélodies et des paroles qui meublent ce fascinant opus. Une beauté complexe que l’on apprend à apprécier d’une nouvelle façon, pour une nouvelle raison, à chaque fois », écrivait poétiquement Guillaume Francoeur à la sortie de A Moon Shaped Pool.

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Rosie Valland – Nord-est

Elle avait lancé un très bel album quelques mois auparavant, mais ça ne l’a pas empêchée de surprendre ses amateurs avec un EP cet hiver : Nord-est de Rosie Valland propose une musique plus « lumineuse », ce qui a charmé Marie-Eve Brassard : « À écouter pour la voix de Rosie qui rappelle le vent à travers les branches d’arbres encore dénudées. Un album d’hiver s’il en est un. Pas frileux, ni froid, mais pur et blanc, doux, presque silencieux. » Êtes-vous surpris qu’elle ait remporté le prix de EP pop de l’année au GAMIQ?

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Sarah Toussaint-Léveillé – La mort est un jardin sauvage

Nicolas Roy avait chanté les louanges de Sarah Toussaint-Léveillé à l’écoute de son deuxième opus, La mort est un jardin sauvage. « Maintenant sur les traces des feux Nick Drake et Lhasa de Sela, inspirée par le triste sort de l’un, le mauvais sort de l’autre et les déchirements des deux, l’artiste tisse sur son métier de chanteuse un pan de toile dense et robuste, exempt d’accrocs et de bigarrures. » On souligne la maturité et la cohérence des thèmes et les arrangements de la jeune auteure-compositrice-interprète de 26 ans, promise à un bel avenir.

– Propos compilés par Olivier Dénommée