« La liberté d’expression, c’est comme un muscle. On doit l’entraîner pour éviter son atrophie », a clamé le journaliste-documentariste Alexis de Gheldere avant la projection de Big Boys Gone Bananas le 28 juin à l’Excentris. Ses sages paroles prennent tout leur sens dans le contexte : le réalisateur suédois Fredrik Gertten a dû se battre pour diffuser son documentaire Bananas! Ce combat épique est relaté de façon chronologique et rythmée dans le documentaire Big Boys Gone Bananas.

Bananas!, réalisé en 2009, donne la parole à des Nicaraguayens employés par Dole pour cueillir des bananes. Ces derniers dénoncent l’utilisation du pesticide Nemagon (banni depuis), qui entraîne divers problèmes de santé, dont la stérilité. La multinationale, n’appréciant pas cette mauvaise publicité, tente de discréditer le documentaire avant même sa sortie en salles. S’ensuivent des lettres de menace, de l’intimidation, ainsi qu’un procès pour « diffamation ». Un chemin parsemé de pelures de bananes, mais qui se termine par une victoire contre Dole – et du réalisateur et des travailleurs nicaraguayens.

David contre Goliath

Fredrik Gertten, le réalisateur, décide de documenter cette saga contre la multinationale aussitôt qu’il reçoit la première lettre de menace. Celle-ci compte 200 pages au style agressif et se termine par un avertissement : il y aura une poursuite si le documentaire est diffusé. Loin de baisser les bras, Gertten se rend au Los Angeles Film Festival en compagnie du cameraman engagé pour filmer les péripéties entourant Bananas! Les organisateurs du festival plient cependant sous la pression de Dole. Ils retirent alors Big Boys Gone Bananas de la compétition officielle. S’ils acceptent finalement de le présenter hors-compétition, c’est accompagné d’un message de la vice-directrice du festival. Elle avertit le public que de sérieux doutes planent quant à l’intégrité du documentaire.

D’autres problèmes surviennent après ce début difficile. Entre autres, les avocats de Dole intimident chaque journaliste qui présente Bananas! de façon neutre ou positive. Seuls ceux qui crient au mensonge se sauvent d’une lettre de menace. La productrice du film reçoit même un message-choc : « Good luck with your finances. » Il ne s’agit pas de menaces en l’air puisque Dole intente bel et bien un procès à Fredrik Gertten. On dirait presque un récit contemporain de David contre Goliath : un réalisateur de films indépendants, aux revenus modestes, contre la plus grosse (et la plus riche) compagnie de fruits au monde.

Les bananes de la colère

Contre toute attente, Bananas! finit par attirer l’attention et la sympathie de plusieurs. Le documentaire est alors projeté devant les membres du Parlement suédois. Ces derniers décident d’autoriser sa diffusion en Suède. En découlent la colère de Dole… et la colère de l’opinion publique envers la multinationale. Journalistes et citoyens s’insurgent tellement devant la tentative de musellement commise par la compagnie qu’elle abandonne la poursuite.

Mais l’histoire ne s’arrête pas là. L’équipe de Big Boys Gone Bananas décide de poursuivre à son tour Dole. Certes, la compagnie a déjà jeté les armes, mais le documentaire demeure interdit de diffusion aux États-Unis. Après plusieurs mois d’attente, le juge donne raison à Fredrik Gertten. « Where do I send the check? », constitue le dernier message envoyé au réalisateur par la multinationale. Une belle victoire pour lui, mais aussi pour la justice sociale et la liberté d’expression.

Big Boys Gone Bananas était présenté dans le cadre des RIDM (Rencontres Internationales du Documentaire de Montréal). Avant le festival officiel, qui se tiendra du 7 au 18 novembre, on pourra assister à cinq projections extérieures gratuites cet été dans différents parc de Montréal (www.ridm.qc.ca/fr). N’est-ce pas merveilleux?

– Edith Paré-Roy

 

Site officiel du film:

http://www.bigboysgonebananas.com/welcome?splash=1


Pour voir la bande-annonce de Big Boys Gone Bananas:

 

Et voici la bande-annonce de Bananas!, le film qui a créé le scandale Dole: