Le groupe Beirut, mené par l’américain Zach Condon, était de passage au MTelus dans le cadre d’une tournée mondiale pour le lancement de son cinquième long jeu, Gallipoli.

Beirut. Il suffit d’en prononcer le nom pour que mes souvenirs se rembobinent de dix ans. D’un coup, je suis dans mon ancien appartement à me faire dorer au soleil, au son de cuivres qui valsent dans l’air. Le groupe a toujours été pour moi dans une classe à part : sa musique, pure et naïve, charme immédiatement et me réenchante à la beauté du monde. Infatigables, ses boucles d’accords posent la fondation sur laquelle s’envolent d’habiles arrangements de cuivres. Condon, en crooner sans prétention, livre sa poésie d’une voix lointaine et rassurante à la fois. À mes oreilles, la formation allie la puissance romantique de la musique des mariachis avec le gravitas slave, sans quitter le moule indie. La formule fonctionne. Pourquoi la changer?

C’est le pari qu’a pris Beirut, lundi, en livrant un spectacle efficace, mais plutôt gris. Après une première partie discrète assurée par Helado Negro, Condon nous sert une succession de petites bouchées musicales bien ficelées tirées de plusieurs albums. Les altérations aux versions studios sont mineures et pas toujours pour le mieux : à l’image de Gallipoli, le show de lundi nous garde en terrain connu, au prix d’un certain flegme dans l’exécution. Manque d’énergie, transitions trop longues, oublis de paroles : on sent le groupe blasé d’être sur scène et incommodé par notre présence. Chacun pour soi, emmuré dans leurs in-ears, les musiciens ne se regardent pas : ils font seulement leur travail, et l’expérience en pâtit.

La foule redouble d’intensité. C’est peut-être cette timidité, donc, qui charme. L’absence de théâtre. Qu’est-ce qu’un musicien, sinon qu’un joueur de musique? Pourquoi donc sommes-nous malaisés que Condon amène la prochaine chanson avec : «I don’t know what to say. Here’s the next song»? Faudrait-il aussi qu’un chef d’orchestre soit amuseur public? Beirut, en live, questionne nos attentes.

Beirut lundi / Photo : Nathan Giroux

À la batterie, bonhomme et radieux, Nick Petree est imperturbable. Dans l’ombre, la présence d’Aaron Arntz, aux claviers, est indispensable – le piano acoustique dans «In the Mausoleum», une magnifique intro d’accordéon sur «Elephant Gun» – pendant que Kyle Resnick et Ben Lanz soutiennent la mélodie aux cuivres et aux voix. Malgré une maîtrise parfaite de leur instrument, leur présence est particulièrement zombie, et on se demande si quelques solos bien placés n’auraient pas suffi à revitaliser la scène. L’introduction d’un orgue Farfisa, sur Gallipoli, se mélange mieux qu’on ne l’aurait cru au timbre des cuivres, qui seront couplés avec certaines sonorités expérimentales comme sur «Corfu», brillante débâcle électronique sur fond de bossa. Moment fort : une valse slave endiablée, tirée du premier album, a passé bien proche de faire danser le parterre.

Malgré une certaine mollesse dans l’ensemble, excusée à grands coups de sympathie pour le protagoniste, impossible de ne pas frissonner lorsque le trio de cuivres lève ses embouchures et s’apprête à nous envoyer une mélodie poignante en plein visage. Si le potentiel de renouvellement de Beirut semble limité, et sa présence scénique questionnable, on excuse le groupe par sa force émotive brute et par la douce nostalgie qu’il ne manque pas d’éveiller.

– Nathan Giroux

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