Un personnage se réveille blessé sur le sol d’une vaste forêt, sans se souvenir de quoi que soit. Il va vite apprendre que le monde qui l’entoure est hostile et qu’il ne peut compter que sur lui et ses capacités d’adaptation pour survivre. À travers de rares rencontres, il va chercher à savoir d’où il vient et surtout, comment y retourner.

Alec Longstreth propose avec Basewood une interprétation, ou plutôt un hommage allégorique, sur le fondement de l’Amérique, plus particulièrement sur ses pionniers qui ont découvert un monde inconnu et vierge dans les paysages et la nature d’un continent nouveau. L’univers dans lequel se situe Basewood est gouverné par la nature et les hommes doivent se battre pour y survivre, que ce soit contre des falaises escarpées, une forêt dense, un climat rude ou un dangereux dragon qui ne sommeille qu’à moitié dans sa caverne. Basewood est une histoire d’aventure classique qui puise clairement son inspiration dans la tradition du roman d’aventures à la Jack London. Mais malgré le classique de son histoire, Basewood possède une forte personnalité grâce à la qualité de son intrigue et de sa progression cohérente ainsi que par l’effort graphique très original dont profite sa mise en scène. Les éléments fantastiques sont bien intégrés au cadre réaliste de l’histoire et jouent un rôle plutôt métaphorique. Le dragon, notamment, est ici le symbole ultime du danger de la vie d’un pionnier. La terrible bête est à elle seule la maladie, la famine, les attaques de bêtes, un hiver rude…

Le travail graphique de Basewood est à couper le souffle et en complète continuité avec le propos du livre. Longstreth a travaillé sur des planches de grand format et a accordé une importance presque maniaque au détail : d’innombrables traits et hachures servent à donner corps et volume aux décors. Les scènes de tempête de neige où chaque flocon est dessiné minutieusement sont particulièrement impressionnantes. L’extrême netteté du trait donne à penser Basewood comme une succession de gravures, comme un objet précieux issu d’un long travail. Et c’est le cas puisque l’ouvrage aura demandé sept ans à terminer! L’auteur a même fait un gage pour les quatre dernières années de son labeur : il ne se raserait qu’une fois tout le travail terminé! Décision qui s’est aussi répercutée sur le personnage principal du récit.

En espérant que Longstreth ne nous fera pas attendre encore aussi longtemps pour son prochain livre!

– Émile Dupré

 

Basewood

Alec Longtreth

L’employé du Moi, 216p.