Crédit photo : Michael Slobodian

La troupe de ballet contemporain Ballet BC s’empare de la scène du théâtre Maisonneuve à la Place des Arts avec une telle intelligence artistique que les applaudissements de l’audience forment une autre chorégraphie en marge. Les gens sont emportés par tant de beauté. La troupe vancouvéroise de dix-huit danseurs dirigée par Emily Molnar mérite amplement les éloges qui accompagnent présentement son ascension, autant sur la scène internationale que dans les médias. « J’ai pensé, indique la directrice, qu’arriverait-il si grandir n’était pas une question d’expansion, mais plutôt de contraction ? J’ai alors éliminé tout ce qui ne relevait pas de notre vision. Nous avons commencé à travailler avec moins d’argent, mais en adoptant des chemins plus significatifs ». Le programme triple, composé de A.U.R.A. (Anarchist Unit Related to Art), Walking Mad et Petite Cérémonie, frappe par la diversité de ses chorégraphies – chacune possédant son esthétique propre. Elles ont cependant en commun l’habileté de reprendre les formes classiques de la danse pour ensuite les déconstruire. Une technique d’avant-garde qui crée un langage singulier et des mondes à la fois surprenants et touchants.

A.U.R.A. (Anarchist Unit Related to Art)

La chorégraphie A.U.R.A. de l’italien Jacopo Godani ouvre le spectacle en fracassant la tranquillité des spectateurs pour les plonger dans une atmosphère futuriste à travers laquelle les danseurs s’engagent tout entier. Il est difficile de ne pas être d’emblée séduit par la densité de cet effort dynamique déployé au rythme de la musique électroacoustique expérimentale de 48nord (Siegfried Rössert et Ulrich Müller). Dans un costume bleu avec des coutures qui cisèlent les membres et les seins en deux comme une traversée de veines, la troupe brise constamment le centre par leurs mouvements désaxés et flexueux. Le résultat est stupéfiant, mais surtout instantané.

Walking Mad

Il faut un entracte pour prendre le temps d’intérioriser le souffle d’A.U.R.A. pour ensuite aborder un univers davantage intimiste : celui de Walking Mad de Johan Inger. Boléro de Ravel et Für Alina d’Arvo Pärt accompagnent cette chorégraphie qui met en œuvre la force de l’union et les blessures dans la relation homme-femme. Six hommes longent le mur posé sur scène avec des chapeaux de fête dans des instants frénétiques. Parfois, ils suscitent le rire. À d’autres moments, ils sont seuls dans leur transe. Ils chassent finalement les femmes lorsque Livona Ellis prend place dans son rôle de dragueuse. Ce n’est pas sans raison que la production a reçu le prix Lucas Hoving aux Pays-Bas et le prix Danza & Danza en Italie.

Petite Cérémonie

Intégrant le théâtre à la danse, Petite Cérémonie de Medhi Walerski fait osciller les pas dans le même mouvement que celui du balancier, générant de la sorte une cadence cérémoniale. Le chorégraphe cherche à traduire la différence entre les hommes et les femmes et les compartiments dans lesquels ils se confinent. « Un groupe de personnes, explique Walerski, cherche l’endroit idéal, l’équilibre parfait. Des hommes et des femmes. Des cerveaux différents. Boîtes et câbles tentant de se connecter pour créer une image congruente. Au départ, j’ai demandé aux danseurs de me dire ce que représentait pour eux la vie dans une boîte ». Bien que la division genrée entre le cerveau féminin et celui masculin soit fortement à questionner, le résultat offre une expérience visuelle intéressante où les robes côtoient les vestons et où les blocs blancs agrémentent la composition.

L’agencement entre les trois spectacles montre le côté éclectique du Ballet BC et les possibilités que la compagnie recèle avec ses excellents danseurs. Les signatures sont multiples et toujours tournées vers la création.

Vanessa Courville

À noter que le programme triple de Ballet BC se déroule au Théâtre Maisonneuve de la Place des Arts jusqu’au 24 janvier 2015. La compagnie sera également en tournée le 27 janvier au Centre culturel de Sherbrooke, le 29 janvier au Théâtre Hector-Charland à L’Assomption et le 3 février au Grand théâtre de Québec.