Crédit photo : Pierre Léveillé

L’art de Steven Spazuk est unique. Ses œuvres sont créées par les traces de suie laissées par une flamme en guise de pinceau, qu’il modifie ensuite avec différents outils et méthodes. Des formes et images en noir et blanc, parfois de formes vaporeuses, parfois d’une précision surprenante. Son travail incarne ses convictions environnementales et humaines qu’il représente par des symboles. Son exposition Autres convictions et interprétations avec ses plus récentes œuvres a maintenant lieu à la galerie C.O.A. depuis dimanche, une exposition gratuite ouverte au public jusqu’au 7 février.

Le choix de ses sujets concorde avec la fragilité du médium utilisé. Steven Spazuk représente des oiseaux placés sur des bombes et des grenades, jouant avec la mèche ou la goupille, n’ayant pas conscience du risque. Il y a aussi un pingouin, un ours polaire, et un caribou avec un pigeon voyageur posé sur son bois près d’une bombe, l’air hagard. L’intérêt de l’artiste pour ces animaux est lié à son attachement pour la cause environnementale, puisqu’ils sont en voie d’extinction ou bien éteints, comme le pigeon voyageur.

Des portraits géants faits à partir de la suie impressionnent par leur détail et leur grandeur. On pense en particulier au portrait de sa femme Danielle, qui a combattu un cancer du sein. L’artiste a entre autres utilisé symboliquement les cheveux de sa femme tombés durant la chimiothérapie pour faire des pinceaux et créer l’effet des cheveux sur son œuvre.

J’ai rencontré Steven Spazuk, montréalais d’origine, lors du vernissage de l’exposition. J’ai ainsi pu comprendre le personnage et les raisons de sa célébrité récente. L’élément déclencheur de celle-ci fut un vidéo-portrait de lui par Patrick Peris publié en octobre 2014 le présentant dans son atelier alors qu’il utilisait sa technique du fumage. Cette vidéo a été vue par près de 800 000 personnes. Le vidéo viral combiné avec sa nouvelle série d’œuvres a suscité beaucoup d’intérêt et vinrent par la suite les multiples invitations à exposer dans le monde – et l’explosion de ses ventes.

Quand on demande à Spazuk quelle est son inspiration et la raison qui l’a poussé à utiliser cette technique pour faire ses œuvres, il répond que c’est apparu dans un rêve : il était dans une galerie, et a vu une œuvre sur un mur représentant un paysage en noir et blanc. Il produit depuis 14 ans des œuvres fabriquées avec la technique du fumage, mais c’est tout récemment que l’on commence à le connaître. Une récente notoriété qu’il gère bien et qu’il trouve excitante, et surtout qu’il considère comme une reconnaissance de son talent après des années de travail assidu.

En 2013, Steven Spazuk et sa femme Danielle Delhaes sont allés au Mexique pour le projet Révérence, une démarche artistique et communautaire de leur initiative menée en collaboration avec une centaine d’étudiants en arts plastiques mexicains. Le projet avait lieu dans une réserve naturelle et protégée de monarques, et utilisait les papillons vivants pour créer des traces sur différentes petites plaquettes de suie. Le résultat final? Une mosaïque géante représentant un monarque sur une fleur. Le projet fut d’ailleurs exposé à l’Insectarium de Montréal pour sensibiliser le public à la protection de l’environnement et la disparition progressive des monarques.

Quels sont les projets futurs de Spazuk? Avec sa femme Danielle, il aimerait faire un projet qui ressemble à celui de Reverence, mais cette fois-ci avec les ours polaires en Arctique. Il s’agirait de les observer dans leur habitat naturel, et de s’en inspirer pour en faire une œuvre. Un autre projet, celui-ci encore à la phase embryonnaire, serait d’effectuer une série de portraits de gens qui changent le monde.

En attendant ces surprises, on peut voir son exposition jusqu’au 7 février 2015 à la galerie C.O.A., au 6405 boulevard Saint-Laurent.

Pierre Léveillé