Crédit photo : Baptiste Tissot

Qu’est-ce que nos parents pensent de nous? Quelles hommes et femmes sont-ils lorsqu’on leur enlève leurs étiquettes « papa » et « maman »? Quelles sont les valeurs, les habitudes, les connaissances qu’ils nous ont transmises, et surtout, pourquoi? Et nous, serons-nous de bons parents? Aurons-nous seulement des enfants?

C’est autour de ces questions qu’est construite Autorisation parentale, une pièce laboratoire collective qui a été présentée le 18 juillet dernier dans le cadre du festival Zone Homa. Devant une foule plus qu’enthousiaste, les sept créateurs et comédiens – Pascale St-Onge, Rodley Philogène-Pitt, Pierre-Antoine Pellerin, Nicolas Centeno, Sandrine Lemieux et Marie-Andrée Lemieux – ont livré leur texte, qui semblait directement inspiré de leur expérience personnelle, puisque les personnages portaient leurs noms. Éclaté, le traitement du sujet a permis de cerner à travers diverses situations ce qui caractérise le fait d’être parent, du rituel du souper en famille à l’autorité parentale en passant par l’angoisse de laisser son enfant passer Halloween seul. Cela a donné lieu à des scènes très touchantes, ou au contraire très drôles, au point où certaines répliques se perdaient sous les éclats de rire du public. Chaque interprète portait une histoire et une vision distinctes des enjeux soulevés, ce qui ne les a pas empêchés de se mettre dans la peau d’une multitude de personnages pour venir soutenir les anecdotes des uns et des autres. Le fait qu’ils mettent de l’avant leurs origines diverses et ne se restreignent pas aux rôles correspondant à leur genre, sans jamais tomber dans le grotesque, a également permis d’ouvrir l’horizon des interprétations possibles, lorsque le résultat n’était pas carrément comique.

Autorisation parentale prouve également qu’il n’est pas nécessaire de faire compliqué pour captiver l’auditoire. Avec un minimum d’accessoires – sept chaises, un téléphone, quelques éléments de costume –, les créateurs ont réussi à établir un rythme intéressant, alternant entre scènes de groupes et solos, utilisant l’éclairage et la trame sonore pour délimiter l’action ou la concentrer dans une section précise de la scène. Ainsi, à intervalle régulier, les interprètes étaient amenés à s’approcher du devant de la scène et à écouter un message téléphonique laissé par leurs parents, dans lequel ceux-ci leur lisaient une lettre rédigée pour l’occasion. L’idée, en plus de permettre de présenter le point de vue des parents, a contribué à varier les moyens de communication et le ton des interventions, car on ne lit pas une lettre avec la même voix qu’on raconte une anecdote ou qu’on argumente. Surtout, cela a permis d’aborder la différence entre parents : pourquoi est-ce plus difficile pour certains de communiquer avec son père qu’avec sa mère? Est-ce attribuable à la gêne, à la pudeur, à une peur de connaître le fond de la pensée du père ou de le déranger? Si on peut pointer du doigt la socialisation différente des hommes et des femmes, cela n’explique jamais tout à fait notre situation personnelle et nos malaises.

Bref, sans vouloir dévoiler tous les angles par lesquels Autorisation parentale aborde la question de la parentalité, il est tout de même possible de dire que c’est leur variété qui fait le succès de la pièce. La spontanéité des interprètes et la répartie de leurs personnages ont fait le reste, et c’est la tête pleine de questions, la gorge nouée par l’émotion et les côtes meurtries d’avoir trop ri que j’ai quitté la Maison de la culture Maisonneuve, en me demandant : tiens, et si j’appelais mes parents, histoire de jaser un peu?

Chloé Leduc-Bélanger

Autorisation parentale était présentée le 18 juillet dernier à la Maison de la culture Maisonneuve dans le cadre du festival Zone Homa. Pour la programmation complète, c’est ici.