Un coup de cœur cinématographique, ça éclate l’imaginaire, ça explose la rétine, ça reste collé au ventre et ça prend aux tripes. Logique, donc, que ça n’arrive pas tous les mois. Et mai est un de ces mois. Hautes étaient les attentes, tiède était le résultat pour ces films où le fil conducteur est celui de personnages féminins plus ou moins bien construits.

Numéro une de Tonie Marshall

Numéro une, c’est ce que pourrait être Emmanuelle Blachey, ingénieure compétente et droite dans ses baskets, lorsqu’un réseau de femmes d’influence lui propose de se présenter pour être élue première femme PDG d’un groupe du CAC 40. Dans le rôle d’une femme dont le seul défaut professionnel est de baigner dans un monde d’homme, la française Emmanuelle Devos n’en fait jamais trop, remarquable d’authenticité et de nuance. Pareil pour la québécoise Suzanne Clément dans le rôle de conseillère. On ne peut pas en dire autant du film de Tonie Marshall, qui quant à lui s’accroche tant à une volonté de réalisme – la journaliste et reporter au Monde Raphaëlle Bacqué a collaboré au scénario – qu’il en finit par devenir une succession d’affrontements sans être une véritable proposition de cinéma. Alors qu’il avait bien commencé en mettant le doigt sur le sexisme en affaires, la volonté d’oublier son statut de femme en entreprise faute de le revendiquer, l’importance de la solidarité féminine faisant écho plus que jamais à l’actualité post #MeToo, ce onzième long-métrage de la réalisatrice finit par délaisser l’aspect thriller qu’aurait pu revêtir son propos, faute d’accompagner celui-ci jusqu’au bout.

Actuellement en salles.

How to talk to girls at parties de John Cameron Mitchell

On parlait de vouloir s’accrocher, et malgré l’envie, c’est malheureusement également très difficile de rester happé par l’histoire du quatrième long-métrage de John Cameron Mitchell. Avec How to talk to girls at parties, le réalisateur américain a le mérite de poursuivre très librement la nouvelle de Neil Gaiman sur laquelle est basé le film. C’est un boy meets girl à la sauce punk. Elle Fanning y est parfaitement charmante en alien révoltée débarquée d’une autre planète et dont le jeune Enn (Alex Sharp) tombera éperdument amoureux après l’avoir rencontré au détour d’une soirée londonienne des plus loufoques. Le personnage haut en couleurs de cette jeune Zan prête à tout pour vivre l’expérience humaine aux côtés du jeune ado ne suffira pas, malgré une attachante histoire d’amour et quelques moments rock psychédéliques, à donner au film une consistance qu’il aurait pu avoir s’il avait donné plus d’épaisseur au monde et à la colonie dont est issue la jeune extra-terrestre.

Actuellement en salles.

Revenge de Coralie Fargeat

Le pep’s coloré de quelques scènes n’aura pas su contaminer le reste, mais il en est en tout cas grandement question dans Revenge, où le rose bonbon et le blond platine que porte la protagoniste tranche avec le marron-jaune d’un paysage désertique qu’elle apprend à apprivoiser dans un film d’horreur léché, violent mais non sans humour aux couleurs saturées. Les personnages féminins forts ne sont décidément pas en reste, et c’est au tour de la cinéaste Coralie Fargeat de nous offrir une version rafraîchissante du rape and revenge sans pour autant révolutionner le genre. Alors que deux amis en rejoignent un troisième pour une partie de chasse en plein désert, la maîtresse de celui-ci se fait attaquer par l’un d’entre eux. Laissée pour morte, la jeune femme fait son retour avant de s’en prendre à ses agresseurs. Là où Fargeat reprend avec intelligence et autodérision les codes du western et du film d’action, le gibier et la peur changent enfin de camp. Bien qu’un certain dosage dans le côté cocasse des personnages masculins n’aurait pas été de trop, la volonté de réalisme n’était pas au coeur de la démarche de la cinéaste qui s’inspire directement de Kill Bill. Malgré quelques défauts, c’est un premier film solide et maîtrisé pour la française Coralie Fargeat, qui s’amuse et réussit, dans l’air du temps, à ridiculiser la recherche aveugle de virilité et les masculinités toxiques.

Disobedience de Sebastian Lelio

Bien loin de l’exagération volontaire de Revenge et de l’audace de How to talk to girls at parties, Disobedience rejoint plutôt Numéro une sur le terrain de la sobriété. Même s’il est de retour dans son élément, le destin de femmes libérées, Sebastian Lelio n’arrive pas ici à retrouver la poésie d’Une femme fantastique (2017), ni la bouffée d’air frais que communiquait Gloria (2013). Très peu de temps s’est écoulé depuis la sortie et le succès d’Une femme fantastique, et il était peut-être trop tôt pour remettre le couvert. Malgré une capacité mesurée à ne jamais tomber dans le surjoué ou le trop de peur d’être dans le faux, le film finit par s’essoufler, ou par ne jamais réellement décoller. En retrouvant son amour de jeunesse Esti (Rachel McAdams), Ronit (Rachel Weisz) fait à nouveau face aux injonctions de son milieu juif-orthodoxe, un milieu qu’elle a cherché à fuir en partant vivre à New-York. Bien que la seule scène de sexe du film se veuille non-voyeuriste et respectueuse de la réalité des relations entre femmes, le film ennuie par son manque d’audace ou de choix d’angle. Ni la relation ni les tiraillements ne sont creusés, et le long-métrage en pâtit là où le sujet donnait pléthore de possibilités.

Actuellement en salles.

Dans le rayon des protagonistes féminines fortes, on se met déjà RBG sur la liste des films à voir de toute urgence, un retour documentaire de Julie Cohen et Betsy West sur la vie et la carrière de la deuxième juge féminine de la Cour Suprême des Etats-Unis.

– Ambre Sachet 

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