Photo : Crédit : ©Camille Gabarra ­ www.lgetg.fr 

Cette semaine, j’ai demandé à Audrée Wilhelmy de répondre au Questionnaire astrolittéraire. La romancière, qui fait présentement son doctorat à l’Université du Québec à Montréal, a publié en août dernier son deuxième roman, Les sangs, qui a été finaliste au Prix des libraires et qui est toujours en lice pour le Prix France-Québec. Voilà qui prouve hors de tout doute que je ne suis pas la seule à tripper sur la précision de sa plume et l’étrangeté de son univers! Et maintenant, place aux réponses!

 

À votre avis, pour bien écrire, faut-il lire beaucoup? 

Pour bien écrire, il faut surtout bien lire, je crois. Cela ne veut rien dire en termes de nombre d’ouvrages ou de pages lues en une année, par exemple, mais cela signifie qu’il faut être attentifs aux mécanismes littéraires en place dans les livres lus. Comment tel roman réussit-il à me faire pleurer? Pourquoi tel autre me garde-t-il captivée? Est-ce que telle figure de style, tel choix lexical fonctionnent sur moi? Si oui, pourquoi? Si non, pourquoi et qu’est-ce que l’auteur aurait pu faire pour être plus efficace? Lire de cette façon-là prend un temps fou, donc personnellement, je lis peu, mais chaque lecture me permet d’apprendre quelque chose sur mon métier d’écrivaine.

 

Quel est votre temps de verbe préféré?

Le présent. Il simplifie tout, il est agréable à utiliser, il permet d’inclure le lecteur dans l’action et favorise son immersion dans l’univers présenté. Aussi, comme j’écris dans un français extrêmement conventionnel, le présent allège un peu le style et le dynamise.

 

Si l’Agence spatiale canadienne vous approchait pour vous offrir une résidence d’écriture sur une autre planète, laquelle choisiriez-vous et pourquoi?

Je ne bougerais pas de chez moi! Je ne réussis à écrire que dans un environnement stable, contrôlé, dans lequel j’ai mes habitudes et où je me sens bien. Comme mon travail repose essentiellement sur mon imagination (je ne mets pas en scène le réel), l’instabilité n’est pas productive pour moi. Je crée mieux quand je m’ennuie. Les voyages me permettent de me ressourcer, mais il faut beaucoup de temps pour les digérer et les transformer en matière littéraire.

 

Quel livre recommanderiez-vous à un extraterrestre pour comprendre l’être humain?

Je ne sais pas. Je pense que les grands romans de l’adultère sont les plus intéressants pour comprendre l’être humain, parce qu’on y présente des gens complexes, qui ont plusieurs facettes. C’est très convenu, comme réponse, mais je crois que je dirais à votre extraterrestre de lire Madame Bovary et Anna Karénine en faisant fi de toute la partie morale et moralisatrice de ces deux textes.

 

Les dépotoirs sont pleins, la Terre déborde de déchets. Une navette-kamikaze est envoyée dans l’espace pour détruire les ordures excédentaires. Quelle(s) œuvre(s) littéraire(s) envoyez-vous à la décharge intergalactique et pourquoi?

Platement, je n’en envoie pas. Je pense romantiquement que tous les livres ont leur raison d’être. Certains sont bons, d’autres affreusement mauvais, mais ils forment ensemble un écosystème qu’il serait bien dommage d’altérer.

 

La fée des étoiles vous propose de revenir dans le temps pour écrire vous-même une œuvre que vous chérissez particulièrement. Quelle œuvre choisissez-vous et pourquoi? 

Je pense que ce serait Les enfants du sabbat, d’Anne Hébert. Ce livre-là m’a toujours fascinée, même s’il n’est absolument pas le roman le plus populaire de cette auteure. J’aurais aussi adoré écrire Le roi des Aulnes de Michel Tournier et City ou Soie d’Alessandro Baricco.

 

Des chercheurs ont découvert un treizième signe astrologique et organisent un concours pour lui trouver un nom et une signification bien de notre époque. Que proposez-vous?

Je ne pense pas que je participerais à ce type de concours. Je suis trop dans ma tête pour réussir à définir notre époque adéquatement. Si je devais la décrire en un mot je dirais « entredeux » (entre deux mondes, celui où l’homme prenait sans penser et celui où la planète retrouvera une forme d’équilibre), mais je ne pense pas que ça fait un très bon nom de signe astrologique.

 

Vous vous faites enlever par des extraterrestres, qui procèdent à l’analyse de votre cerveau. Ils y découvrent les raisons pour lesquelles vous écrivez. Quelles sont-elles?

D’abord, j’écris parce que j’aime ça, parce que ça me rend heureuse, parce que ça me fait du bien. J’écris aussi pour déconstruire les idées reçues, pour montrer que tout n’est pas noir ou blanc et pour explorer des personnages féminins différents, qui entretiennent un rapport au corps, à la violence, à l’amour et à la sexualité inhabituel.

 

Votre cousine part en vacances sur la Station spatiale internationale et décide par le fait même de se mettre à l’écriture. Quels conseils lui donnez-vous?

De prendre son temps, de bien réfléchir à son projet avant de se lancer à corps perdu dans l’écriture. Je lui recommande de tenter de déterminer quel est son public cible et ce qu’elle veut lui dire. Ensuite, il faut foncer, et avoir du plaisir à rédiger.

 

Une pluie d’astéroïdes s’abat sur l’humanité. Que sauvez-vous du désastre?

Si une pluie d’astéroïdes s’abat réellement sur l’humanité, il n’y aura rien à sauver. Je préfère regarder le spectacle avec les gens que j’aime, et trouver ça beau.

 

– Chloé Leduc-Bélanger