Rarissimes sont les femmes dans le domaine de la réalisation télévisuelle et cinématographique, en particulier dans le cinéma mainstream. Il ne suffit que d’un coup d’œil à la liste des « meilleurs réalisateurs » des Oscar ou des Golden Globes pour s’en convaincre. Injustice sociale, machisme des institutions ou manque d’intérêt des femmes envers la profession? Telle est la question. Sans prétendre pouvoir y répondre, je considère cette sous-représentation suspecte, voire pernicieuse. En effet, pour les femmes, la façon de voir le monde et d’appréhender la réalité diffère dans certains cas de l’expérience masculine. Certaines problématiques plus près de la réalité de plusieurs femmes (par exemple, les agressions sexuelles, les troubles alimentaires ou l’obsession pour la beauté) semblent intéresser plus ou moins les réalisateurs. Dans ce sens et dans bien d’autres, il m’apparaît important de donner une plus grande place aux réalisatrices.

Le Groupe Intervention Vidéo (GIV) œuvre justement pour la diffusion, la distribution et la production de vidéos réalisées par des femmes. Il souhaite ainsi donner la « parole » aux réalisatrices d’ici et d’ailleurs tout en montrant la diversité des œuvres produites. Celles-ci sont présentées lors de soirées dans divers lieux, notamment dans les Maisons de la culture. Certaines réalisatrices assistent à l’événement et peuvent par la suite répondre aux questions du public après la projection. Pour les intéressés, la prochaine soirée se tiendra le 1er mai au Théâtre de la Verdure du parc La Fontaine. Pour les indécis, la plupart des événements organisés par le GIV ne coûtent pas un sou. Il n’y a donc rien à perdre à tenter l’expérience!

Zoom sur une soirée vidéo

C’est à la Maison de la culture Mont-Royal qu’avaient lieu les projections du 24 avril. La salle, beaucoup plus petite que celle d’un cinéma Guzzo, était presque pleine. S’y trouvaient plusieurs femmes, évidemment, mais aussi plus d’hommes que je ne l’aurais imaginé. Peut-être que les autres femmes avaient réussi à convaincre, tout comme moi, un ami plus ou moins familier avec la réalisation des femmes et la cause féministe à s’y rendre? (Cet ami a apprécié l’événement, soit dit en passant.) Six courts métrages, d’une durée de 3 minutes à 12 minutes, figuraient au programme. L’événement était donc bref, mais il s’est terminé en beauté avec une coupe de vin gratuite!

La maladie, la vieillesse, le deuil, la colonisation, la pauvreté, la brutalité policière, la quête identitaire, la résilience, l’oppression, la marginalisation, la mémoire collective : toutes autant de thématiques abordées au cours de cette heure de projection! Pas très joyeux tout cela, mais fort pertinent. Miroirs grafignés, d’Isabelle Lapierre, m’a semblé particulièrement intéressant. La réalisatrice s’est inspirée des contes pour enfants pour l’esthétique et l’histoire de son œuvre. On y voit une femme en pleine quête identitaire dans un univers à la fois surréaliste et opprimant, où se trouvent tous les stéréotypes des contes. En voici une scène frappante : le « Diable » tente d’atteindre une jeune fille avec sa fourche(tte). Cette dernière court sur place avec des talons hauts tachés de sang pour lui échapper. J’ai cependant moins apprécié Ciel enfui, de Sylvie Sainte-Marie. Cette œuvre juxtapose des segments poétiques à des images de différents lieux et paysages (champ de fleurs, ciel, cimetière, etc.) Si le concept s’avère intéressant, l’œuvre semble au final trop convenue, voire fleur bleue. La poésie, très romantique (par exemple, « Il se peut/ que les rêves coulent/ dans les veines », ne servait pas les images. Cela dit, j’ai bien aimé quatre des six vidéos.

Les courts métrages présentés le 24 avril avaient comme point commun d’être réalisés par des femmes, mais là s’arrête la comparaison. Si certaines problématiques revenaient dans quelques œuvres, l’esthétique, les procédés narratifs et visuels, ainsi que les sujets abordés différaient. Il est certes possible d’y voir un trop grand éclectisme. Pour ma part, je trouve intéressant de voir autant de points de vue singuliers, doublés d’expérimentations diverses. Il me semble que la réalisation chez les femmes se diversifie et gagne en créativité. J’espère que le public ainsi que les institutions reliées au cinéma ouvriront davantage leurs horizons. Et le plus tôt serait le mieux!

– Edith Paré-Roy