On a connu Dominique Fortier pour son excellent roman Du bon usage des étoiles paru en 2010 chez Alto. Depuis ce temps, l’eau et la mer sont toujours restées des thèmes chers à l’écrivaine qui publiait ce printemps dernier Au péril de la mer, un roman ayant comme paysage central le très mythique Mont-Saint-Michel en France.

Un homme, un portraitiste, amoureux fou d’une jeune femme malheureusement décédée, tente de soulager son cœur brisé lorsqu’il rencontre un homme qui lui offre de venir séjourner à l’abbaye, le temps qu’il regagne le contrôle sur son être et sur son âme. Le portraitiste découvrira alors, en même temps que le mont, les rudiments des copistes, et ce même s’il ne sait ni lire ni écrire. Parallèlement, Fortier développe un « carnet d’écriture » sur ce livre (elle ne sait pas encore s’il en sera un ou non) et raconte ses tracas, son parcours à travers la maternité et le chemin sinueux qui se dessine vers le retour à l’écriture. On comprend finalement que le Mont-Saint-Michel sera l’élément déclencheur qui réactivera le cœur de l’écrivaine. En plus de son rôle de mère, elle réapprend à écrire, se nourrissant de son nouveau quotidien. Le roman s’avère particulièrement intéressant pour ceux qui aiment voir les rouages de l’écriture derrière la fiction. Dans les passages du «journal intime», l’impression de construction du récit en construction est forte et offre une dimension palpable du travail de l’écrivain et de ses questionnements. Alors que les chapitres de fiction coulent comme l’eau sous les ponts, doux, fluides, les fragments introspectifs enrichissent l’histoire.

Les livres sont à l’honneur du début à la fin. Que ce soit ceux qui sont lus et copiés à l’abbaye, ceux qui prennent leur envol pour couler sous les vagues qui se fracassent sur les rochers du mont, ceux-là mêmes qui sont lancés par le bibliothécaire aigri; ils sont tous d’une importance capitale, par leur présence ou leur absence. Chaque livre est unique, et Fortier a su leur créer un incomparable hommage avec Au péril de la mer.

Extrait :

« Le plus difficile, en essayant d’écrire le passé, ce n’est pas de tenter de retrouver la science, la foi ou les légendes perdues, de faire ressurgir les gargouilles et les tailleurs de pierre ; c’est d’oublier le monde tel qu’on le connaît ; c’est, dans ce monde d’aujourd’hui, d’effacer tout ce qui n’était pas encore, tout ce qui existait mais échappait à la vue ou à l’entendement. Comment se priver de la moitié de ce que l’on connaît sans tout à coup avoir l’impression de devenir à moitié sourd et à demi aveugle? »

Elizabeth Lord

Au péril de la mer, Dominique Fortier Alto, 2015.