Être critique-chronique-je-sais-pas-trop-littéraire, ça a des avantages et des inconvénients. Je peux lire avant tout le monde des livres géniaux, mais je peux aussi recevoir le tome 2, sans jamais avoir lu le premier. C’est ce qui est arrivé. En d’autres circonstances, ça aurait pu être compliqué, pénible même. Mais là, c’était parfait. J’ai lu Au carrefour, suite de Le Boulevard, de Jean-François Sénéchal.

Ceux qui le connaissent le savent, mais Chris a une déficience intellectuelle. Son père s’est absenté pour la majeure partie de sa vie. Sa mère est partie à ses 18 ans. Mais ceux qui le connaissent le savent aussi, ça n’enlèvera jamais la bonne humeur de Chris. Parce qu’il travaille comme concierge, il a une blonde, un appartement et bientôt l’attend un petit très grand changement…

Sénéchal nous fait découvrir un point de vue unique, dans un joual qui rappelle Michel Tremblay. Un narrateur franc, touchant et candide qui raconte une épopée extraordinaire. Celle de l’adulte qui devient responsable. La voix de Chris, légère, crée un énorme contraste avec ses histoires parfois dures, souvent marquantes.

Et oui. Encore une fois, Leméac nous offre un livre pouvant être lu par des jeunes (sûrement plus adapté aux ados), mais qui surprendra tous les adultes qui oseront ignorer les étiquettes. Parce que le contenu, lui, est digne de tous vos feuilletons télé préférés. Il y a des problèmes de jeux, des « madames pas beaucoup habillées », des truckers, des histoires de famille, de responsabilités, de char, de liberté, d’amour et d’amitié.

Ce qui est fascinant, c’est que les personnages sont vrais, sympathiques, mais parfois aussi détestables et irresponsables. On les comprend, même si certains d’entre eux méritaient une bonne taloche en arrière de la tête. On les aime, même si on avait envie de leur crier leurs quatre vérités. En public. Avec un haut-parleur. Et même si j’avais du rattrapage à faire, tout était clair. Je pouvais m’imaginer facilement les péripéties du premier roman, tout en voulant en apprendre plus.

Bref, dans Au carrefour, il y a de quoi philosopher un peu et s’évader beaucoup, le temps de 313 pages qui passent comme du beurre. Et je crois que je vais devoir lire le premier tome. Et attendre avec impatience le prochain.

L’auteur

Jean-François Sénéchal commence sa carrière comme anthropologue et devient finalement auteur. Avec son roman jeunesse Feu, il devient finaliste des Prix littéraires du Gouverneur général du Canada. Le Boulevard lui permet de remporter le Prix Adolecteurs et le prix Bernadette-Renaud, ainsi que de se trouver sur la liste d’honneur 2018 de l’International Board on Books for Young People (IBBY). Soit, c’est un auteur à beaucoup d’honneurs, que je lirai avec grand bonheur.

Camille Deslauriers Ménard

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