La Peuplade publie un deuxième roman de Gyrðir Elíasson, traduction de l’islandais de Catherine Eyjólfsson, dans leur collection Fictions du nord. Au bord de la Sandá aborde la retraite loin de la ville d’un peintre.

Écrire sur presque rien

Elíasson, qu’on a pu découvrir en français pour la première fois avec Les excursions de l’écureuil, nous revient avec un roman un peu plus gros en termes de pages, mais tout à fait différent en termes d’histoire. Le narrateur, à la première personne, est un peintre d’un certain âge qui s’est volontairement isolé de la ville et de la société en général pour aller peindre des arbres dans la forêt.

Tout le texte est dépourvu de grandes actions et de grands moments. Épuré dans le style également, Elíasson y va en finesse afin d’aborder le dépouillement et la simplicité d’une routine loin de tout. Le peintre, un brin cynique, se promène en forêt, observe ses rares voisins de caravane, réfléchit à sa vie. Hormis une rencontre avec son fils, courte et sans grand dialogue, et une autre avec une mystérieuse ménagère, la solitude de l’artiste emplit les pages du récit.

Il fut un temps où j’avais beaucoup de rêves, comme les autres. Ils ont disparu. Peut-être les ai-je effacés avec ma peinture, enfoncés dans la toile sur le chevalet – si profondément que je ne pourrai jamais les retrouver. »

C’est aussi le paysage qui est traité dans le processus d’écriture d’Elíasson, au travers des descriptions de la flore qui fascine le narrateur. L’Islande grandement médiatisée montre les glaciers ou encore la ville de Reykjavík. C’est au nord que se passe l’histoire du peintre, près d’une rivière nommée Sandá (qui, à ma connaissance, est fictive) ainsi que d’un volcan anonyme. Les errances philosophiques du narrateur aboutissent à son retrait définitif de la civilisation et, ultimement, à sa perte.

Au bord de la Sandá peut être apprécié pour justement décrocher de la ville, mais il ne s’agit pas d’une lecture rose et plaisante, malgré son manque de gravité dans le ton. Avis aux amateurs de littérature nordique qui désirent s’échapper des conventions.

Victor Bégin

Au bord de la Sandá, Gyrðir Elíasson, La Peuplade, 2019.