Concurrent pour la Palme d’or il y a un an presque jour pour jour, le nouveau film de Ryūsuke Hamaguchi sera à l’affiche au Québec prochainement. Mettant en vedette Masahiro Higashide dans un rôle double, Asako I & II est un drame romantique universel. Critique.

Se lier, juste comme ça

Asako, timide et discrète, tombe par hasard sur Baku dans leur ville natale d’Osaka. C’est le coup de foudre au ralenti, un délicat plan de chacun des amoureux entre les feux d’artifices de jeunes qui allumaient des pétards. Il se lie alors autour d’eux une belle relation, jusqu’à ce que Baku disparaisse sans laisser de traces. Il ne s’agit pas d’un thriller à la Gone Girl ici:  le personnage est simplement manquant.

La jeune protagoniste déménage à Tokyo et tombe nez à nez avec le sosie parfait de son ancien compagnon. Le choc est brutal, d’autant plus que c’est bel et bien un autre homme, et non le fameux Baku. Asako se lie donc à Ryohei pour cinq années qui filent vite dans le métrage, mais qui sont bien ressenties. Leur couple est solide, joyeux.

C’est que, décrit comme ça, le film de Hamaguchi peut sembler bien puéril, assez classique. Il faut dire que ce drame revêt tout de même les habits d’un cinéma habile, bien dirigé. Les acteurs n’y vont pas dans les scènes à grandes larmes et grands cris ; le tout à l’écran se compose de beaucoup de sobriété et de silence. On reconnaît un caractère commun à certains films japonais contemporains (par exemple les films de Kawase ou Kore-eda) qui est la frugalité, l’économie de grands artifices.

S’ajoutent à cela les amis du (des) couple(s). Il y a Maya et Haruyo, toutes deux venant d’une partie de la vie d’Asako. Il y a Nobu d’Osaka, qui revient à la toute fin, complètement transformé. Ces personnages illustrent mieux la vie de la protagoniste que sa relation avec Baku et Ryohei. La dynamique du groupe d’amis est d’autant plus intéressante puisqu’elle intègre presque sans question les changements de situation amoureuse d’Asako. Le cœur prime dans ce récit, il est aveugle et con, parfois, mais toujours pur et honnête à lui-même : une boussole cassée.

C’est le moment de prendre part aux fragments les plus charnières d’Asako, dans l’œil de Hamaguchi, réalisateur qui avait déjà promis grand avec Happy Hour (2015).

Victor Bégin

Asako I & II, de Ryūsuke Higashide, 2018, avec Masahiro Higashide et Erika Karata.