Sur la photo : Dany Boudreault dans Sara perche ti amo. Crédits : Nicolas Hubert 

Commençons par dire qu’Après la peur est une expérience hors du commun et qui se vit. Après cela, on aurait tendance à sommer les gens d’aller remettre en question leur rapport au théâtre en faisant ce saut de l’inconnu. Création à plusieurs mains francophones, grande fresque d’univers chargés en émotion, Après la peur a lancé la saison du Centre du Théâtre d’Aujourd’hui sur une note rafraichissante.

Lorsqu’on arrive dans la salle de « départ », on est accueilli entre autres par Armel Roussel, qui assure la logistique de ce parcours constitué de douze chambres. Une contrainte s’impose, chaque participant ne peut choisir de visiter que quatre chambres par soir. Non qu’ils veuillent vous empêcher de jouir de tout, mais ça pousserait à veiller jusqu’à trois heures du matin. Ça nous déchire le cœur sachant que dans quelques jours, les auteurs et interprètent s’envolent ailleurs.

Donc, cette proposition théâtrale est sous la forme de déambulation, de découverte et de risque. On choisit selon les descriptifs du programme reçu, mais aussi sur les conseils du directeur artistique. Ce projet s’inscrit dans la suite de La peur, spectacle créé par Armel Roussel.

Finissant par me résigner à un choix, je débute par La lune est belle. Nous nous retrouvons six inconnus dans une voiture en route pour un appartement qui s’avère être une chambre pour pleurer selon une tradition japonaise. Dans cette voiture, des visages de Bruxellois, concepteurs de cette chambre. Des polaroids et des lettres qu’on aurait aimé lire nous entourent pendant que des chansons nostalgiques remplissent l’habitacle. Après ce début d’une grande densité, je décide de continuer avec quelque chose de ludique. J’embarque à bord de la voiture Zigzag. Résistance. Question.

Pendant que le reste du monde court, inconscient que dans cette voiture qui traverse Montréal se déroule « un spectacle », on se laisse emporter par ce théâtre radiophonique qui fait rire, jaune parfois, savant mélange de comédie et de drames humains. J’ai terminé mon trajet en suivant Dany Broudreault sur la rue Roy dans cet appartement où s’est joué l’amour de Dany et Salvatore. Cette chambre intitulée Sara perche ti amo est un lieu où les fantômes, l’amour, le désir prennent vie.

Vous l’aurez compris, ces chambres prennent des formes multiples, surprenantes et déstabilisantes. Le regard sur la ville change soudainement, ainsi que notre définition de ce qu’est un spectacle. Sans parler de la relation entre le créateur et le public. En effet, pouvoir discuter avec Dany sur le processus de création en se baladant sur Roy change la nature de l’expérience et l’enrichit. C’est vital, ce dialogue. Il ne fait aucun doute que j’y retournerai pour découvrir les autres univers qui sont en quelque sorte éphémères dans leur forme actuelle. Ils s’adaptent selon la ville. Déambulation qu’ils disent.

Rose Carine H.

Après la peur est une présentation du Centre du Théâtre d’Aujourd’hui – jusqu’au 5 septembre. Pour les détails, c’est ici !