C’est un monde illimité, qui va trop vite, trop fort, et qui va surtout pas mal de travers, que les trois colocs d’Appels entrants illimités tentent de fuir en se réfugiant dans leur bulle d’appartement.

On suit pendant plus d’une heure les pérégrinations de ces trois personnages, un peu perdus dans leurs relations de cœurs et leurs rapports aux autres, qui s’inquiètent à voix hautes sur le sens que prend le monde. Un monde pas trop chouette avec ses sandwichs à 12 $ et ses amphétamines à 5 $.

Anna, Charlotte et Louis nous font penser à nos amis, à nos colocataires et parfois à nous-mêmes.

Trois personnages si hauts en couleur, sensibles, sincères et attachants, qu’on on en viendrait à vouloir passer un bout de vie avec eux et même, à apposer notre porte de chambre sur scène avec les leurs. On voudrait nous aussi cracher à la face du monde nos doutes et nos angoisses existentielles. Peu importe si ça sert a quelque chose. Au moins, ça fera du bien, ça soulagera un peu.

Appels entrants illimités  est une pièce sans trop de barrières et qui ne se limite pas non plus dans les gags et le non-sens. On est plongé dans un théâtre de l’absurde où les frigos parlent, les matous sont encagés et où les répliques font mouche et nous piquent sur la couche supérieure de la bouche. Car oui on s’amuse, on rigole … parfois jaune.

Et puis il y a cette voix.

Cette voix d’androïde féminin qui se fait l’écho de la folie des temps modernes  et qui nous bouscule, nous révolte ou encore nous fait honte quand elle nous place face à nos contradictions.

Mais malgré ces perturbations extérieures, nos comparses du soir ne se résignent pas. Ils ne veulent pas plier face à  la contorsionniste japonaise ou face à la terre entière.

Anna, Charlotte et Louis sont prêts à se battre contre des moulins à vents pour trouver leurs places, pour s’tirer une buche,  pour poser leurs culs.

Encore faut-il qu’il y ait de la place

Et les colocs reprennent « au milieu des milliards ou c’est que j’peux m’asseoir ? ».

– Yann Lever

Appels entrants illimités

Texte ♦ David Paquet

Mise en scène ♦ Benoit Vermeulen

Jusqu’au 8 décembre à la Maison Théâtre (245 Rue Ontario Est).