Michel Jean a eu la bonne idée de réunir des auteurs d’origines autochtones diverses (majoritairement d’origine innue), créant ainsi le recueil de nouvelles Amun (qui signifie rassemblement en langue innue), paru l’automne dernier.

Comme tout recueil de nouvelles, le lecteur sera davantage touché par l’une ou l’autre des nouvelles, il aura ses préférences. Ici, malgré la différence des voix et des plumes, les textes sont réunis autour de l’identité autochtone. À leur façon, ils nous parlent du mal-être que vivent plusieurs autochtones d’hier et d’aujourd’hui, de leurs tentatives souvent infructueuses de s’intégrer hors de leur territoire, de leurs croyances, de leurs espoirs et de leurs déchirements.

Il est possible de faire de belles découvertes grâce à ce recueil. Il y a des écrivains déjà connus, comme Natasha Kanapé Fontaine ou Joséphine Bacon, dont la réputation n’est plus à faire, mais aussi de nouvelles plumes, qui méritent notre attention. Fait intéressant : au début de chaque nouvelle, on précise l’origine de l’auteur, mettant ainsi en évidence cet aspect de leur identité. Bonne idée!

Le recueil s’ouvre sur un texte de Natasha Kanapé Fontaine, Innue de Pessamit. Dans « J’ai brûlé toutes les lettres de mon prénom », on retrouve une jeune innue touchante qui, un peu perdue entre son identité innue et son identité québécoise, réfléchit sur son nom, son peuple, son histoire d’amour.

«Memekueshu» de Melissa Mollen Dupuis, Innue d’Ekuanishit, met en scène Nish, une jeune fille qui se perd en motoneige et qui fera une rencontre pour le moins inusité alors qu’elle se trouve un endroit où passer la nuit. J’ai beaucoup aimé ce texte bien ficelé qui nous mène là où on ne s’y attend pas; on a l’impression d’avancer, tout comme Nish, à tâtons dans un territoire mystérieux.

Le texte de Michel Jean, Innu de Masteuiatsh, « Où es-tu », vaut également le détour. La narratrice est une femme qui attend son homme parti dans la forêt. Seule avec leur petit, elle s’adresse à l’absent, mettant des mots sur son angoisse de ne pas le voir revenir avant qu’elle ne reparte, avec les autres, au grand rassemblement du printemps. Comme elle, le lecteur attend cet homme auquel il s’est attaché à travers les yeux de son amoureuse. J’ai tourné les pages avidement, moi aussi en attente. J’ai pris plaisir à lire la description des tâches accomplies par la jeune femme, comme autant de gestes rituels qui nous semblent vieux comme le monde et pourtant essentiels.

Juste après, nous voilà en 1657 dans « Le coup de tomahawk ». Jean Sioui, Wendat de Wendake, prend la plume au nom de Thodatooan, « Celui-qui-parle-juste », un Wendat déchiré entre les Iroquois et les Français, assistant à la destruction de son territoire et à la dispersion des siens.

Bref, les textes d’Amun sont autant de portes ouvertes sur des univers que j’ai eu le plaisir de découvrir; j’avais toujours hâte de lire la prochaine nouvelle. Peut-être un autre recueil suivra-t-il, avec d’autres nouvelles plumes qui ont certainement beaucoup à dire.

Mylène Durand

Amun, recueil de nouvelles sous la direction de Michel Jean, Stanké, 2016.