C’est lorsque Les champs pétrolifères de Guillaume Lagarde a reçu une mention spéciale au prix Gratien-Gélinas 2012 que Patrice Dubois a choisi de mettre en scène cette pièce.

Explorant les thèmes du vide et de la schizophrénie, Guillaume Lagarde fabrique une famille dysfonctionnelle, névrosée, se cherchant à travers un idéal résolument artificiel, une dérive du monde contemporain. La cellule familiale initiale composée de Barbara, Bernard et Bruno se consume par l’entremise de la haine de l’autre, toujours dans une quête d’eux-mêmes. Les conversations laissent place à des monologues qui résonnent entre eux. Ils tentent de combler un vide : Barbara possède un amant, son mari, Bernard espionne les voisins et Bruno, le fils, sclérosé à cause de ses parents, erre à la recherche de son authenticité. Lorsque Bruno ramène Blanche chez lui, tout bascule. Blanche devient le centre d’attention principale. Tous les désirs des membres de la famille se déversent sur elle, elle devient l’image de leur idéal. Bruno, Barbara et Bernard la tiennent en captivité. Elle accepte son sort, le désirant jusqu’à la moelle. Elle devient donc une poupée répondant aux multiples désirs des membres de la famille.

Guillaume Lagarde explore avec brio les thèmes de la crise identitaire postmoderne, ses tendances schizophréniques qui mettent en échec toute tentative d’authenticité. La standardisation qui découle de l’entreprise capitaliste s’insère ici comme nœud sous-jacent du problème. En fait, il est présent dans les conversations autour des aléas de la Bourse, entre autres. Les personnages parlent des fluctuations des marchés comme de leurs sentiments, sans distinction. C’est là le point fort de la pièce, cette exploration originale des thèmes des dérives de la société de consommation et du narcissisme contemporain.

La qualité du texte n’est malheureusement pas mise en valeur par la mise en scène. Cette dernière brise le rythme du texte qui, selon moi, se suffit à lui-même. L’hétérogénéité du texte qui se manifeste par une alternance marquée des registres de langage se cherche dans la mise en scène. Est-ce réellement une pièce de théâtre ou un texte modifié pour la scène ? À certains moments, la question se pose. Les trop nombreux changements de décor, entrecoupés de longues pauses qui laissent le spectateur dans le noir total m’apparaissent inutiles et lourds. Si la mise en scène cherchait à créer un effet d’angoisse, elle n’atteint pas tout à fait sa cible. Bref, bien que le texte ne rencontre pas la mise en scène, il n’en demeure pas moins que les thèmes sont bien exploités ici.

– Sylvie-Anne Boutin

Les champs pétrolifères est présentée à l’Espace Go du 19 novembre au 14 décembre 2013.