Crédit photo: Valérie Remise

Comme d’habitude, j’ai sacré contre ma blonde qui a jamais travaillé un jour dans sa vie, contre les homme d’affaires avec leurs BBQ pis leur 5à7 où ils arrivent en 4×4 et repartent en limousine, les narines pleines et les mains sur les boules d’une escorte qui coûte le prix de mon char. J’ai sacré contre le dieu auquel je ne sais plus si je crois. Et contre la ville d’Akron que j’ai jamais quittée et qui m’a enterré vivant. […]J’ai pensé à la vie devant. J’ai pensé à un fuckin’ mur de brique.»

Du 15 avril au 4 mai, le Théâtre d’Aujourd’hui présente la création Alfred, un texte d’Emmanuel Schwartz écrit en collaboration avec Alexia Bürger, qui signe également la mise en scène.

Emmanuel Schwartz y interprète un solo déroutant de crédibilité et de versatilité, campant une panoplie de personnages nuancés, dont le désabusé Clyde Redding, un garde de sécurité du zoo d’Akron en Ohio. Figure tournante de la pièce, ce personnage désillusionné par le rêve américain, croulant sous les dettes et entrevoyant son avenir sans issues, décide de relâcher les animaux du zoo. Ce geste symbolique se répercute sur divers personnages : Azura, une professeure de primaire menant une vie rangée, Toffer, un militaire dépêché sur les lieux pour abattre les animaux, Charles, un quinquagénaire attendant la mort dans son appartement et Donovan, un ex-toxicomane à qui la vie offre une seconde chance.

Cette pièce résulte d’un long processus de recherche et de création. Emmanuel Swchartz entrevoyait d’abord l’adaptation du classique de Salinger, L’Attrape-cœurs, mais en vain, les droits n’étant pas disponibles. Et puis Alexia est tombée sur un article à propos d’Alfred McMoore, un artiste schizophrène décédé en 2009. Un nouveau départ s’amorçait avant de déboucher sur ce fait divers survenu en Ohio : un propriétaire de zoo libère les animaux avant de s’enlever la vie.

Ainsi, plusieurs thèmes sont abordés dans cette pièce dont la notion de liberté (l’animal captif vs l’homme libre) et la marginalité inspirée d’Alfred McMoore, reclu dans son appartement, dans son imaginaire, en marge des contraintes sociales. Une pièce qui témoigne d’une Amérique blindée, fermée prêchant les sermons futiles de preachers arrogants. Et si c’était Alfred, ce personnage pour le moins insolite, qui était porteur d’un réel espoir?

-Edith Malo

Alfred, jusqu’au 4 mai à la Salle Jean-Claude-Germain.