Crédit photo: Sophie Gagnon-Bergeron

Ce printemps, Alexandre Mc Cabe publiait Chez la Reine aux éditions La Peuplade, un premier roman qui s’est attiré les éloges de la critique. L’auteur, originaire de Lanaudière, y dépeint des moments-clefs de l’histoire du Québec vu depuis le salon de sa tante, « la Reine ». Histoire qui a d’abord germé sous forme de récit – récit qui a valu à Mc Cabe le Prix du récit Radio-Canada en 2012 – cette « fresque folklorique » invite à réfléchir sur les notions d’engagement, de transmission et d’apprentissage, le tout campé dans une Sainte-Béatrix forte de ses personnages colorés. Pour mieux cerner cet auteur, allons voir ce qu’il a répondu aux questions du Questionnaire astrolittéraire!

 

À votre avis, pour bien écrire, faut-il lire beaucoup?

Instinctivement, je répondrais oui. En fait, il faut surtout trouver parmi les grands auteurs ceux qui nous initieront le mieux à l’acte d’écrire. Plus encore, au métier d’écrire. Aussi, comme la littérature est d’abord et avant tout, à mon avis, une attention singulière accordée au monde et aux êtres, on est à même de constater, si on lit beaucoup, que ce qui distingue les grands auteurs, outre leur style, est la rare acuité de leurs observations. Ceci étant dit, si, un jour, on vous jure qu’il faut avoir tout lu Proust pour bien écrire, vous pourrez répondre que ni Homère ni Molière ni Flaubert ne l’avaient lu avant de pondre leurs chefs-d’œuvre.

Quel est votre temps de verbe préféré?

Je n’ai pas de préférence, mais j’apprécie quand les temps de verbe sont au service de l’histoire qu’ils racontent. Quand ils enrichissent le récit. J’ai donc beaucoup réfléchi à cette question avant de commencer Chez la Reine. Le plus-que-parfait s’est alors imposé parce qu’il accentuait l’effet d’antériorité que je recherchais. J’envisage d’aller plus loin dans cette recherche dans Une vie neuve, mon prochain bouquin. Ce sera un recueil de récits dans lequel je souhaite entre autres varier les formes.

Si l’Agence spatiale canadienne vous approchait pour vous offrir une résidence d’écriture sur une autre planète, laquelle choisiriez-vous et pourquoi?

Je déclinerais l’offre sans hésiter. Je n’ai pas tant besoin de solitude pour écrire. En fait, la solitude doit être peuplée pour que je m’en accommode. Je dois savoir mes proches tout près. De plus, l’espace m’apparaît bien trop vertigineux pour que je m’y aventure. Cette vastitude me paralyserait plus qu’elle ne me stimulerait. Je me contenterai donc du chant de nos oiseaux et de la tranquillité du St-Laurent.

Quel livre recommanderiez-vous à un extraterrestre pour comprendre l’être humain?

Je pourrais nommer plusieurs classiques sans être très original. Je sortirai peut-être des sentiers battus en répondant Incendies de Wajdi Mouawad. Sans que ce soit le plus grand chef-d’œuvre de l’humanité, cette pièce, avec ses accents tragiques, illustre magnifiquement les thèmes les plus fondamentaux de la littérature. L’extraterrestre y verrait que si, sur la terre, la guerre triomphe souvent de l’amour, l’homme garde l’espoir qu’un jour l’amour triomphe de la guerre. Et je souhaiterais à cet extraterrestre de voir Nawal jouée par Andrée Lachapelle pour admirer la grâce faite femme.

Les dépotoirs sont pleins, la Terre déborde de déchets. Une navette-kamikaze est envoyée dans l’espace pour détruire les ordures excédentaires. Quelle(s) oeuvre(s) littéraire(s) envoyez-vous à la décharge intergalactique et pourquoi?

Cette question est périlleuse. Je préfère ne pas m’y embourber. Je répondrai toutefois que le temps trie mieux que nous le bon grain de l’ivraie littéraire. Et qu’il faut y réfléchir à deux fois avant de donner libre cours à nos velléités d’écriture puisque, comme le disait Saint-John Perse, « un livre est la mort d’un arbre ».

La fée des étoiles vous propose de revenir dans le temps pour écrire vous-même une oeuvre que vous chérissez particulièrement. Quelle oeuvre choisissez-vous et pourquoi?

J’irais dans le maquis avec René Char pour le regarder écrire les Feuillets d’Hypnos. Le regarder seulement, car je ne suis pas persuadé que j’aurais le courage du résistant et la lucidité du poète. Je crois aussi que l’héroïsme de ce colosse artiste et de ses frères de lutte me reposerait de nos désinvoltures.

Des chercheurs ont découvert un treizième signe astrologique et organisent un concours pour lui trouver un nom et une signification bien de notre époque. Que proposez-vous?

Je m’abstiendrais de proposer quoi que ce soit de peur de créer le chaos dans le grand ordre sidéral.

Vous vous faites enlever par des extraterrestres, qui procèdent à l’analyse de votre cerveau. Ils y découvrent les raisons pour lesquelles vous écrivez. Quelles sont-elles?

Sans trop savoir comment fonctionne le cerveau, je crois qu’ils trouveraient mes raisons d’écrire près des sièges de l’ambition, de la curiosité et de l’amour du genre humain. Celui de l’ambition, sans doute pas trop loin de celui de la honte, parce que l’écriture m’apparaît parfois comme conquête. Celui de la curiosité, parce qu’écrire oblige à sortir de soi. Et celui de l’amour du genre humain, parce qu’il en faut une bonne dose pour décrire avec vérité les antagonismes de ce monde.

Votre cousine part en vacances sur la Station spatiale internationale et décide par le fait même de se mettre à l’écriture. Quels conseils lui donnez-vous?

Je lui dirais qu’il faut de la patience. D’abord, pour savoir si on est fait pour écrire ou si notre envie n’est qu’une lubie passagère. Ensuite, pour réécrire quatre, cinq, six, sept fois la même phrase avant de la jeter pour de bon parce qu’elle est vaine. Et pour recommencer. Finalement, je lui dirais qu’il faut de la patience, pour écrire dans un autre temps que celui de nos vies quotidiennes. Parce que les grandes œuvres sont écrites pour les siècles. Après lui avoir dit tout ça, j’ajouterais de ne pas prendre exemple sur moi.

Une pluie d’astéroïdes s’abat sur l’humanité. Que sauvez-vous du désastre?

Égoïstement, mon amoureuse et mes filles.

 

– Chloé Leduc-Bélanger