Éric Charlebois a plusieurs recueils derrière lui, des œuvres souvent grinçantes, mordantes, cyniques. Son dernier, intitulé Ailes de taule, n’y fait pas exception. Ce recueil, publié aux éditions Prise de parole, est le résultat d’un stage d’écriture que l’auteur a fait en milieu carcéral, une expérience qui lui a inspiré ces textes à mi-chemin entre la fiction et la poésie.

Présenté d’emblée comme un récit poétique, ce recueil dresse le portrait d’une tragédie qui réunit un père et son fils, dans un drame qui n’est pas sans rappeler les personnages tragiques grecs, frappés de plein fouet par le destin. La question de la filiation traverse le récit et donne lieu à de superbes passages, dont la poésie ludique fait penser à l’humour de certains personnages de Romain Gary, et qui montrent l’absurde qui préside à la destinée du père et du fils : « Sa mère avait fait ce qu’elle avait pu pour lui inculquer un père » ou « Parfois, on se sent ravaudé avec les fils inextricables. »

Toutefois, si l’œuvre raconte, ce n’est qu’une fois bien avancé dans la lecture du recueil qu’on le découvre, et l’ensemble s’avère être construit de manière judicieuse, mais complexe, en raison du foisonnement des images, dont l’accumulation nous fait perdre un peu de vue le récit. Ces images sont cependant d’une grande puissance, et nous frappent par leur violence et par les torsions de sens que leur fait subir l’auteur : « Le vide était tacite, entre nous », « Nous sommes nés de l’érotisme / agonisant, de la faiblesse de ceux qui refusaient d’avouer leur / auto-insuffisance. »

En somme, Ailes de taule est un recueil plutôt original dans sa forme, et porteur d’une voix forte et singulière. Outre le thème de la filiation, c’est avant tout celui de la solitude qui ressort : celle des prisons de tout acabit, de nos enfermements de toutes sortes. Comme ces personnages, nous portons « tous une peine lourde comme / l’écho / d’une clé qui est tombée sur le plancher en terrazzo. »

– Mathieu Simoneau

Ailes de taule, Éric Charlebois, Éditions Prise de parole, 2015.