« La façon qu’Eva a de communiquer en ne disant rien, ou si peu, la déstabilise. Toute la force contenue dans cette personne la bouleverse. » 

Eva est forte. Eva a vu pire dans sa vie. Elle a été la mère de sa mère très jeune, espérant peut-être sauver celle-ci, espérant peut-être la faire grandir et avoir ainsi une vraie mère qui pourrait être là pour ses enfants. Elle s’est forgé une carapace rapidement, « pas besoin de personne », créant quelques attaches, mais craignant toujours les départs, les adieux.

Eva ne supporte pas les départs. Elle préfère partir avant. Impulsive. Surtout ne plus souffrir de ces adieux qui n’en finissent pas.

« Elle était une de ces enfants dont on dit qu’ils ont une vieille âme. Elle est devenue une adulte à qui on attribue un cœur d’enfant.»

Eva se fait petite au fond. Fragile. Elle se mure dans le silence pour éviter les mots qui tuent. Elle refoule en elle tant de souvenirs, tant de colère, tant d’amertume. Parler avec des mots ne suffirait pas. Alors le silence dira tout.

« Elle a tout le loisir de contempler l’amertume qui l’habite. La peur aussi. Cette peur qui s’invite dans chacun des interstices de son cerveau, qui lui serre le ventre, bousculant sans doute l’être humain qui est en train de se développer. […] Alexis, pour la première fois depuis qu’elle le connaît, n’a pas été capable de comprendre. De la comprendre. […] Eva a été vivement déçue qu’il ne la saisisse pas mieux que ça, qu’il ne voie pas au-delà de la peur. »

Elle n’a jamais voulu d’attaches et pourtant toute sa vie n’est faite que de ports où elle s’amarre en toute tranquillité. Il y a surtout Alexis, son amour, son seul amour qu’elle a connu si tôt dans sa vie. Comment supporter l’idée qu’il la déserte parce qu’elle couve en elle d’éternelles foudres.

Il y a Judith, mère adoptive et mère de sa meilleure et vieille amie Adèle, qui voit en Eva l’âme de la grande guerrière qu’elle est, malgré ses peurs et sa fragilité. Adèle, qui l’accepte avec ses failles. Arnaud, grand ami qui veille sur elle comme une lune veille sur les grandes marées. Maxime, son frère, qu’elle a voulu protéger, mais pour qui elle ne peut plus rien promettre sinon une vie de grands remous intérieurs.

Et sa mère…

« Elle a voulu nous contaminer avec sa douleur pour se sentir moins seule au fond du gouffre. Elle a voulu déposer sa souffrance sur la fragilité de nos épaules d’enfants pour s’en décharger. »

Eva tentera de se définir à travers le temps, au passé comme au présent, au présent comme au futur. Car le passé a laissé des traces indélébiles et le futur est déjà en elle.

L’Éphémère est le premier roman de Stéphanie Deslauriers, psychoéducatrice et auteure du blogue Ensemble, maintenant.

Élizabeth Bigras-Ouimet

L’Éphémère, Stéphanie Deslauriers, Éditions Stanké, 2014.